FONDATION D'ALEXANDRIE
Le parti impérial, loin d'être anéanti, survivait presque dans tous les pays, et forçait les villes où il prévalait à suivre la bannière de Frédéric. Ainsi, à Bergame, l'évêque Ghérard était pour l'empereur, tandis que le peuple favorisait ses ennemis. Crémone et Tortone acceptèrent l'alliance de Frédéric. Côme était ballotté d'un parti à l'autre; lorsque les Impériaux relevèrent la tête , ils détruisirent le château de Gravedona et l'Ile \\G9. mémorable de Comacine , qui ne se releva plus.
Alexandre ne pouvait rentrer à Rome, parce que le sénat ne voulait pas se dépouiller de son autorité. On continuait à faire une guerre opiniâtre aux Tusculans, qui ne trouvèrent d'autre moyeu de salut que de se mettre sous la protection du pape. Les Romains lui offrirent alors de déposer les armes et de le recevoir dans la ville, à la condition qu'il leur permettrait d'abattre les murailles de Tusculum , et Alexandre y consentit ; mais les Romains, entraînés par un accès de colère , ne tinrent aucun compte de leur promesse , et le pape (dans lequel l'Italie commence à voir un de ses libérateurs) fut contraint de rester en armes dans la campagne.
En Lombardie, l'empire avait surtout pour adhérents fidèles le duc de Montferrat et les citoyens de Pavie, qui, favorisés par le voisinage, se prêtaient un secours mutuel. Les confédérés lombards résolurent donc d'élever une barrière entre eux. Après avoir réuni leurs étendards , ils s'occupèrent , au lieu de reconstruire Tortone, de bâtir, à l'endroit où la Bormida se jette dans "68. le Tanaro , une nouvelle cité, qu'ils appelèrent Alexandrie, du nom du pontife ; les ennemis lui donnèrent le surnom délia paglia^ parce que les maisons, élevées à la hâte, furent couvertes en paille , sans être garanties autrement que par une palissade, un terre-plein et des poitrines libres : elle eut d'abord 15,000 citoyens, avec le privilège de commune libre, et, sept ans après , un évêché (i).
Aussitôt que les affaires d'Allemagne le lui permirent , Barberousse descendit encore une fois en Italie. Pour se venger de l'affront qu'il avait éprouvé dans Suse , il la détruisit, et mit le
(l)Le terrain sur lequel Alexandrie fut construite appartenait aux marquis de lîosco, qui, en 1 180, le cédèrent en fief aux citoyens de cette ville, avec les bourj^s deMarenzana et de Ponzano, déliant de tonte fidélité envers eux les vilains , les ahrimans, les marchands, les gens de niélier de cette terre ( Monum Aquensia).
BATAILLE DE LEGNANO. 521
siège devant Asti, qui dut renoncer à la ligue; puis, renforce par de nouvelles troupes venues d'Allemagne et de la moyenne Italie, il vint assaillir Alexandrie. Mais, quelque courage qu'il "'^' déployât, et malgré ses ruses accompagnées de cruauté, il fut contraint de se retirer devant l'armée lombarde, que la résistance de la magnanime citadelle avait donné le temps de rassembler. Frédéric se retourna contre cette armée ; mais alors s'interposèrent des hommes honnêtes et religieux , dont l'arbitrage fut accepté par l'empereur et les Lombards. Frédéric, voulait conserver intacts les droits impériaux, et les Lombards réclamaient le maintien de leurs franchises avec la liberté de l'Église ; il fut donc impossible de rien conclure, et Frédéric, ayant encore consumé cette sixième armée, en fit demander une nouvelle, que sa femme lui amena d'Allemagne par l'Engadiue, Chiavenna et le lac de Côme. Après s'être avancé à sa rencontre avec les Lodigians, il revenait accompagné des Comasques pour se joindre aux Pavesans et aux Montferrins, lorsque les confédérés se jettent sur son passage dans la plaine de Legnano. htg. Au premier choc, il a l'avantage ; mais la Compagnie de la 29 mai. Mort, formée de jeunes gens résolus à périr plutôt que de céder, se serre autour du carroccio, met le désordre dans les rangs de l'armée ennemie et lui fait subir une déroute complète. Frédéric lui-même ne se sauve qu'en se tenant caché sous des cadavres ; sa femme, qu'il avait laissée dans le château Baradello (le Côme, pleurait sa mort, quand elle le vit reparaître humilié et frémissant.
Quelques républiques maritimes avaient soutenu le monarque allemand , pour qu'il favorisât leur ambition. Barison d'Arborée, un des juges ou rois de Sardaigne, aspirant à la possession de l'ile entière, en avait obtenu l'investiture de Frédéric moyen- \\%>. nant 4,000 marcs d'argent; mais l'empereur n'avait pas le droit d'en disposer, et l'argent manquait à Barison pour l'acheter. Gènes, désireuse d'affaiblir Pise , sa rivale, qui dominait dans une partie de la Sardaigne, avança cette somme; mais, comme Barison ne se trouvait en mesure ni de se libérer envers les Génois, ni de résister aux Pisans, il se réconcilia avec les derniers, et les Génois perdirent, avec leur argent , tout espoir de nuire à leurs ennemis. De là une guerre sanglante de pluf leurs années, où les Ligures remportèrent l'avantage ; afin de gagner l'empereur, ils lui offrirent leur fiotte pour son expédition de Sicile, et reçurent la promesse d'obtenir Syracuse avec 2.50 fiefs dans le
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Val de Koto, aussitôt qu'il se serait rendu maître de l'Ile.
Les Pisaiis s'adressèrent alors à l'empereur de Constantinople. Après diverses ambassades, une alliance fut conclue qui leur assurait la franchise dans tous les ports de l'empire grec , avec un tribut annuel de 500 besants d'or et de deux tapis de soie pour eux , et de 40 besants et d'un tapis pour l'archevêque. Frédéric somma vainement les Génois et les Pisans de lui remettre la décision de leur différend ; les uns et les autres, dans l'espoir d'obtenir l'investiture de la Sardaigne , le caressaient et lui fournissaient des subsides pour ses expéditions.
Il n'en fallait pas davantage pour indisposer contre lui les Vénitiens, qui, après l'avoir favorisé pour affaiblir les républiques de terre ferme, virent avec ombrage ses prétentions croissantes; ils encouragèrent donc la ligue lombarde , et donnèrent asile au fugitif Alexandre III. Lorsque Frédéric les menaça d'aller arborer ses aigles victorieuses en face de Saint-Marc , ils répondirent à sa bravade en armant 75 galères; puis le doge, à qui le pape ceignit l'épée d'or, battit la flotte que les Génois et les Pisans avaient fournie à l'empereur. Son fils, fait prisonnier, fut traité honorablement et renvoyé avec des propositions de paix.
Après avoir consumé vingt-deux ans et sept armées (1) à lutter contre le climat et la liberté d'Italie, Barberousse devait, lui aussi, désirer la paix. En conséquence, il s'efforça de détacher de la ligue Alexandre, auquel il envoya des députés à Agnaui , pour lui dire : « Il est indubitable que, dès les commencements « de l'Église, Dieu a voulu qu'il y eut deux chefs pour gouver- « ner le monde : le prêtre et le roi. Si ces deux pouvoirs ne « vivent pas dans une concorde mutuelle, la paix ne pourra « se maintenir et le monde sera livré aux désordres et aux « guerres. Que l'inimitié cesse donc entre vous deux, chefs du « monde, et que par vous la paix soit rendue à lÉglise et au '< peuple chrétien (2). » Alexandre répondit qu'il désirait la paix, mais qu'elle devait être commune à tes alliés et défenseurs. Le pontife traitait publiquement, et les ambassadeurs impériaux
(1} 11 HViiil loiiiliiit la (iiciniéiv t'ii H.>'i;la secomle, dans l'été do ll;>8. Lalruisièiiie (ut aiuniée rauiioe siiivaiilc |iar i'iiiipciaUitf, ; la ((uatiicinc. \iiit coiimiaïuk'c par les (trinccs allemaïuis, <|tii (létruisircnt Milan; l'iédcric assiégea Rome avec la cinquiènie, (|iii fut décimée par les lièvres. La sixième échoua devant Alexandrie, et la septième lut mise en déroute à Legnano.
(2) Cakd. AhuAG, Rer. It. Script, ui, 468.
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auraient voulu stipuler en particulier, sous le prétexte que certains individus étaient contraires à la réconciliation ; mais les discussions, prolongées durant quinze jours, n'aboutirent à aucun résultat. Frédéric alors demanda une entrevue au pape, qui (telle était sa confiance), après avoir exigé de lui, de son fils et d'autres grands seigneurs, le serment de ne pas nuire a sa personne, se rendit à Venise avec les députés des cités lombardes (l ).
Frédéric proposait de s'en tenir aux résolutions de la diète de . Roncaglia, ou bien aux coutumes du temps de Henri IV. Les Lombards, sur la première question, répondaient qu'à Roncaglia il n'y avait pas eu convention, mais décret impérial ; quant à la seconde, ils disaient ne pas se souvenir de ces usages. « Nous savons seulement, ajoutaient-ils , que nous jouissons depuis longtemps des régales et du droit d'élire nos magistrats, et nous voulons les conserver. » Il fut donc impossible d'arriver à une conclusion. On se borna dès lors à faire un traité, par lequel Frédéric "77. reconnaissait le pontife avec exclusion des antipapes, et promettait d'observer une trêve de quinze ans avec le roi de Sicile, et de six avec les cités lombardes ; durant cet intervalle , il ne devait pas exiger le serment de fidélité, et s'obligeait à nommer des commissaires pour juger les contestations éventuelles, avec défense de se faire raison par les armes. A titre de compensation , il se réservait de jouir, pendant quinze ans , des biens allodiaux de la comtesse Mathilde ; au bout de ce temps il les céderait à l'Église romaine. A ces conditions, il devait être réintégré dans le sein de l'Église.
Alexandre III, manquant à la loyauté, abandonna-t-il ses alliés pour traiter à part, ou bien , comme inepte, ne sut-il pas saisir l'occasion de détruire la puissance impériale et d'assurer pour toujours l'indépendance italienne ? Quiconque ne confond
(1) Selon les actes qu'a produits ^luratori {Antiq. Ital. medii xri, (liss. XLviii), les yille^s el les personnes du parti impérial étaient : Crémone, Pavie, Gènes, Toi-tone, Asti, Alba, Acqui, Turin, Ivréc, Vintimiglia, Savone, Albenga, Casalede Saint-livase, Montevelio, Castel Bolognesc, lmola,Faonza, Ravenne, Forli, Forlimpopoli, Césène, Riniini, Castrocaro, le marquis de Monlferrat, les comtes de Biandrate, les marquis du Guasto et du Bosco, et les comtes de Lomello. Dans la li^ue lombarde se trouvaient : Venise, Trévise, Padoue, Viccnce, Vcroue, Urescia, Ferrare, Manloue, Bert;ame, Lodi, Milan, COme (bien qu'on l'ait vue naguère alliée à Frédéric), iNovare, \'er(cii, Alexandrie, Carsino et Belmonte, Plaisance, Bobbio, le marquis Obizzo Malaspina , Parme, Reggio, ^lodène, Bologne, Doccia, San Cassano, avec d'autres villes et personnes de l'Exarcliat «t de la Lombardie.