BARBEROUSSE A VENISE
pas les idées et les aspirations de notre temps avec celles d'alors ne saurait croire qu'il futincapable et déloyal. Les Lombards n'avaient Jamais entendu anéantir l'empereur; dans les moments même les plus prospères, ils n'avaient demandé rien autre chose que de voir leurs privilèges assurés sous sa suprématie. De même que les ahrimans se regardaient comme libres, parce qu'ils ne dépendaient que du roi seul, ainsi les villes qui n'avaient au-dessus d'elles que l'empereur se proclamaient libres. Les chefs de la ligue, en 1177, disaient au pape dans l'église de Ferrare : « Que votre sainteté et la puissance impériale sa- « chent que nous recevrons la paix de l'empereur, sauf l'hon- « neur de l'Italie ; que nous désirons rentrer dans ses bonnes K grâces selon les vieilles coutumes , et que nous ne repoussons « pas les anciennes ^Msf «ces; mais nous ne consentirons jamais « à nous dépouiller de notre liberté, que nous avons héritée de " nos pères et de nos aïeux, et nous ne la perdrons qu'avec la « vie, car nous aimons mieux mourir libres que de vivre en " servitude (l). »
Tel était le but de la trêve, durant laquelle une paix solide fut stipulée. Quant au pontife , en abattant l'empereur, il aurait défait l'ouvrage de ses prédécesseurs, qui avaient rétabli le nom d'empereur romain pour déférer à quiconque le portait la souveraineté temporelle de la chrétienté ; cela est si vrai que, lors même que les rois de Germanie furent hostiles et rebelles , ils ne songèrent jamais à les détruire, mais tout au plus à leur substituer un prince plus docile et plus religieux.
Les Vénitiens avaient juré au pape Alexandre de ne pas recevoir Frédéric dans leur ville , tant que lui-même y resterait ; une fois dégagés de leur promesse , ils allèrent chercher l'empereur à Chioggia avec la pompe que l'épouse de l'Adriatique déploya toujours dans ses fêtes. Frédéric mit pied à terre sur la })iazzetta, baisa le pied du pape et lui servit de massier, éloignant la foule avec la baguette. Alexandre prononça une homélie en latin, qui fut expliquée en allemand par le patriarche d'Aquilée pour satisfaire la dévotion de l'empereur. Après avoir reçu l'absolution, et le Credo lerminé , Frédéric alla baiser une seconde fois la mule du pontife, et fit l'offrande; puis il reçut la communion , et, la messe finie, il l'accompagna par la main jusqu'à la porte de la basilique , lui tint les étricrs et le condui-
(l)RoMOALD Salekn., Rcr. It. Script, vii, 29.0.
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sit par la bride à son palais (t). Le pape mit-il le pied sur la Ic'te de l'empereur humilié, en récitant le verset ; Super aspidem et basiliscum ambulabis, et conciilcabis leonem et draconem^ et Frédéric luirépon dit-il qu'il rendait hommage non à lui, mais à saint Pierre? Le fait est controversé, bien qu'il soit conforme à l'esprit du temps. Il est vrai que les esprits forts du siècle dernier, qui rampaient au pied des trônes , l'ont nié avec horreur; mais la libre Venise n'hésita point à le faire représenter parmi ses fastes nationaux.
Henri de Diesse, au nom de Barberousse, jura sur les Évangiles, sur les reliques et sur l'âme de l'empereur, que celui-ci maintiendrait la paix; il fut imité par douze princes de l'empire, par les ambassadeurs de Sicile et les consuls de Milan, Plaisance, Brescia, Bergame, Vérone, Parme, Reggio, Bologne, Novare, Alexandrie, Padoue, Venise. Les évéques de Padoue, Pavie, Plaisance, Crémone, Brescia, Novare, Acqi>i,Mantoue, Fano, qui, en opposition aux habitants, avaient favorisé l'empereur et l'antipape, reçurent une nouvelle bénédiction.
Les Romains accueillirent avec solennité Alexandre, qui avait consenti au maintien du sénat, mais à la condition que celui-ci prêterait serment de fidélité au pape, auquel on rendrait les régales et la basilique de Saint-Pierre. L'antipape, abandonné par l'empereur, fit sa soumission; mais quelques individus, reste de l'ancienne faction, prenant l'obstination pour la fermeté, en nommèrent un autre, qui fut bientôt emprisonné. Un concile œcuménique de trois cent deux évêques, réuni dans le palais de Latran, s'occupa de cicatriser les plaies de l'Église.
Frédéric, de l'Allemagne où il était retourné pour la ramener à l'obéissance, envoya des députés qui arrêtèrent à Plaisance les préliminaires d'un traité. A Constance, cité mémorable qui s'élève dans le site délicieux où le Rhin débouche du lac pour
(1) Gaifiudi Vosiensis Chron. Le fait du pied mis sur le cou de Frédéric, nié par le plus grand nombre, fut soutenu la première fois par le bénédictin Fortunato OImo en 1629, Historia délia venuta a Venetia occuUamente nel 1177 di papa Alessandro IJI, e délia vittoria ottemUa da Sebastiano Ziani dogie; et dernièrement par Charles Louis Ring, dans V Essai historique pour éclaircir un /ait, jusqu'à j)r('sent mis en doute, de la vie de deux contemporains, aspirant tous les deux à la souveraineté du monde (allem. ); Stuttgard, 1835. Beaucoup d'évèques de Lombardie, expulsés par d'autres évoques schismaliques, se trouvaient alors ré tùgiés à Venise, où l'on \it accourir une foule de prélats et de seigneurs.
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opposer la verdure de ses coteaux aux glaces de Saint-Gall et d'Appenzell, fut ensuite conclue, entre les villes lonabardes etl'em- H83. pii-e, la paix qui couronnait des efforts magnanimes et consolidait les républiques italiennes, non plus comme un fait, mais comme un droit. L'empereur déclarait qu'il auraitpu châtier les coupables, mais que, par clémence et douceur, il préférait pardonner et leur faire du bien. Les villes comprises dans le traité furent : Milan, Verceil, Novare, Lodi, Bergame, Brescia, Mantoue, Vérone, Vicence, Padoue, Trévise, Bologne, Faenza, Modène, Reggio, Parme, Plaisance. Gomme alliées de l'empereur y figurèrent : Pavie, Crémone, Côme, Gênes, Alba, Tortone, Asti, enfin Alexandrie, qui avait déjà fait une paix particulière, et changé son nom en Césarée. Parmi les seigneurs feudataires, on n'j' voit, pour l'empereur, qu'Obizzo Malaspina de Lunigiana, et, pour les Italiens, que les comtes de Biandrate' et de Moutferrat. Ferrareeut la faculté d'y accéder sous deux mois. Imola, Castro, San-Cassiano, Bobbio, Gravedona, Feltre, Bellune, Ceneda, en furent exclus. Le nom de Venise ne s'y trouve pas non plus ; en effet, comme elle était indépendante de l'empire, elle ne voulait pas nuire à ses droits par son adhésion aux conventions stipulées.
Aux termes de ce traité, les villes de la Lombardie, de la Marche et de la Romagne devaient jouir, dans l'enceinte de leurs murailles, des droits régaliens qu'elles possédaient de temps immémorial, et, au dehors, de ceux-là seulement qui leur seraient concédés par l'empereur ; l'évéque, assisté de délégués impériaux, examinerait quels étaient réellement ces droits, à moins que les villes, pour s'affranchir de cette enquête, ne consentissent à payer chacune deux mille marcs d'argent par année, ou moins à la volonté de l'empereur. Frédéric, sous la réserve de sa suprématie, confirmait les immunités et les droits concédés avant la guerre par lui ou ses prédécesseurs, pourvu qu'ils ne fussent point au préjudice d'un tiers. Les évêques, qui, en vertu d'une concession impériale, avaient jusqu'alors confirmé les consuls, conservaient ce privilège; dans les autres villes, ces magistrats étaient tenus, pendant cinq ans, de se faire contirmer par les commissaires impériaux ; après ce délai , ils recevaient l'investiture de l'empereur. Dans chaque ville, un juge, à la nomination du monarque, devait connaître, sur appel, des causes civiles excédant la valeur de vingt-cinq livres impériales (1 ,.57-5 fr.), et statuer, dans les deux mois, conformément