COMMUNES SOUMISES A DES COMMUNES
années, de foin, de paille et de bols à brûler, pourvu qu'ils observassent lesbansde Verceil : « En temps de guerre, elle n'exigera point le fermage des terres ; ils ne seront pas tenus de s'adresser au podestat ou aux consuls de Verceil pour des contrats faits antérieurement, sauf pour bomicides ou appels; ils pourront faire du bois dans la forêt moyennant une redevance. »
Les habitants de Montevegilo se donnèrent à la commune de Bologne, et Ghirardacci cite la formule de soumission : K Nous, hommes de Monteveglio, nous donnons notre château « au peuple de Bologne avec tous les cavaliers et fantassins, « pour faire la guerre contre les ennemis qu'elle a ou peut avoir, « les abandonnant au bon plaisir du préteur ou des consuls. « Nous faisons le serment de défendre les Bolonais et leurs « biens, avec promesse de leur envoyer l'armée à nos frais « toutes les fois que nous en serons requis , pour qu'elle com- « batte jusqu'à la Secchia et des Alpes aux marais; nous paye- « rons le tribut pour ceux qui habitent près de la rivière Sa- « moggia. Nous observerons tout cela contre qui que ce soit, à « l'exception de l'empereur, d'un duc ou de tout autre pcr- « sonnage qui occupe ou occupera , au nom de Tempereur, « le patrimoine de la comtesse Mathilde. Nous demandons néan- « moins que les consuls et les conseils bolonais jurent de pro- « téger Monteveglio, ses habitants et leurs biens, et qu'ils ne « nous enlèvent pas le château ; s'il arrive que les Bolonais «• fassent la guerre à l'empereur, qu'ils nous défendent, nous et « nos fortunes, et, quand ils obtiendront la paix, qu'ils l'ob- « tiennent aussi pour nous. »
D'autres fois, les communes fondaient des bourgs et des villages avec des réserves et des droits spéciaux.
Les consuls et les hommes de Verceil, en 1197, établissent que le lieu de Villanova jouira perpétuellement d'une entière liberté, pour l'honneur et l'avantage de la commune Vercellaise, sans que personne puisse lui imposer une charge, une redevance quelconque, ni prétendre aux logements , à la pêche , à la moindre juridiction. Les habitants et leurs héritiers auront pleine franchise ; seulement, ceux qui en ont le droit pourront construire des moulins et donner des terres à cultiver, moyennant le tiers des produits, à ferme ou de tout autre manière : « Qu'ils restent libres possesseurs des emplacements à eux assignés, avec pouvoir de les vendre, de les donner, de les échanger ; que
personue, si ce n'est la commune de Verceil , n'introduise de forces chez tux; défense à tout seigueui* d'habiter dans ce bourg, et d'y exercer un droit ou une juridiction. »
En 1217, Verceil fondait encore Borgofranco, avec des fossés, quatre portes, quatre tours de bois , une église en bois et couverte de tuiles; elle assignait à chaque habitant un emplacement de maison, sur lequel on conduisait, aux frais de la commune , trois chars de bois de construction , des pierres et des tuiles en quantité suffisante. Puis viennent des concessions et des privilèges.
Ivrée, en 125 0, fondait Castelfranco, invitait et contraignait même les hommes de Boleugo, de Pessano et d'Anipesso à venir l'habiter; elle donnait à chacun une habitation d'une valeur égale à celle qu'il abandonnait; tous devaient être considérés comme habitants d'une porte d'Ivrée, jouir de la franchise et de la liberté, car la liberté, don inestimable, tout l'or du monde ne saurait la payer : « Qu'ils soient donc affranchis du fodrum, de la bannée, de toute juridiction étrangère, du service militaire, de la chevauchée , des droits de succession ; qu'ils jouissent de l'entier et double empire ; il sera fait un statut, que les podestats d'Ivrée jureront d'observer (t). »
Les communes étaient une espèce d'association contre les abus et la tyrannie ; ainsi , quand la force publique ne savait ou ne\ voulait pas garantir contre les excès de pouvoir, elles formaient! des associations particulières , asile ordinaire des libertés, afin ! de protéger les droits par la vigilance ou la force au besoin , et 1 qui formaient un Etat dans l'État. Or, comme il existait déjà I des alherghi de nobles, c'est-à-dire des agrégations de familles issues d'un tronc commun ou bien unies par un accord, le peuple résolut à son tour de former des ligues ou des maîtrises , afin de contre-balancer par le nombre la puissance et l'habileté.
En 1198, le peuple de Milan, mécontent des nobles, institua (la creclenza de Saint-Ambroise, dite aussi des paratici, c'est-àdire des artisans, fit choix d'un tribun pour le défendre, et prit pour devise une balance blanche et noire. Les marchands et les arts libéraux établirent la Motta, qui inclinait vers le gouvernement d'un seul, et les nobles se réfugièrent dans celle des Gaillards; les capitaines (ca^ani) et les vavasseurs, qui tenaient des fiefs des nobles , en formèrent une quatrième sous le patronage
{\)Monum. htst. patrise, Charf. i. 1040, i.33l.
ASSOCIATIONS PARTIELLES. o6'J
de l'archevêque, auquel ils prétendaient enlever le domaine temporel de la cité. Chaque association avait ses consuls, publiait des édits, des décrets, et exerçait des actes de juridiction souveraine.
A Bologne, on trouvait la ligue de la Justice; à Verceii, les sociétés de Saint- Eusèbe et dit Saint- Etienne \ à Asti, celles de Castello et des Solari. A Florence, vers l'année 1260, les paysans s'étaient réunis en quarante trois ligues, dont chacune recevait de la seigneurie un capitaine, citoyen et bourgeois de la cité de Florence et vraiment guelfe; elles se promettaient de ne pas donner asile à leurs bannis réciproques, et personne ne pouvait refuser les emplois que la ligue lui confiait (1). Sienne était divisée en tiers [terzi), et chaque tiers en vingt quartiers ( contrade)^ dont chacun élisait un capitaine et un porte-enseigne, présidés par le gonfalonier du tiers. A Gènes, dès 1130, nous avons vu tous les citoyens divisés d'abord en sept , puis en huit compagnies ; tout membre défendait ses associés contre l'injustice et la violence jusqu'à la mort des adversaires, et chaque compagnie fournissait une égale contribution de chevaux, de fantassins et d'argent (2).
Quelquefois trois ou quatre personnes se constituaient en fraternité par acte public stipulant communauté de biens, défense réciproque et droit de succéder l'une à l'autre; parfois encore quelques familles formaient une société, prenant un nom commun et construisant une tour destinée à la défense de tous les membres , comme les Pugliesi et les Maladerra de San-Miniato , qui se donnèrent le surnom de Paraleoni (3). L'association des treize familles de Borgo Sansepolcro, qui avaient bâti ensemble la tour de la place , était peut-être de la même nature. A Lucques, on trouvait déjà, en 1203, la société de Concordia des piétons (probablement par opposition aux chevaliers ou nobles) avec des prieurs et des capitaines ; les membres juraient de se protéger les uns les autres, par les armes ou de tout autre manière, de réparer mutuellement les dommages soufferts, et malheur à
(1) Daniel, Chron. ms. ap. An tic hit à longobardiche milanesi , diss. XXI ; Archivio storico, tome xv. La Romagne offre, jusqu'au seizième siècle, des exemples d'autres lignes plus récentes, comme les Pacifiques, qui s'étendirent dans tout le pays, et la Sainte- Union à Fano. (Voir Amiam , Mem. di Fano, ii. 146.)
(2) CiBKARio, St. delta monarchia di Savoja, tome i, doc. 2.
(3) CiBRABio, Economia politica del medio evo, 392.
quiconque offensait l'un d'eux; aucun associé ne pouvait être accusé devant un autre juge avant d'en informer les prieurs (1).
Les communes parfois chargeaient une de ces compagnies du gouvernement entier ou d'une partie, d'une affaire, d'une administration, ou de l'exécution d'une sentence; lorsqu'une de ces sociétés devenait oppressive , une autre s'élevait pour la combattre.
A Chieri, étaient les associations des Milites ei de Saint-George ; nous avons les précieux statuts de la seconde (2). On y entrait par succession ou par nomination ; quiconque en sortait pour faire partie d'une autre était passible d'une amende de cinquante livres et noté d'infamie. La société payait les impositions de chacun, et ce n'était qu'aux membres qu'on pouvait vendre ses maisons et ses terres. A l'exemple de la commune, elle était organisée sous quatre recteurs citoyens ou sous un seul étranger,! dont les fonctions duraient quatre mois , avec des notaires et des économes pour les recettes et les dépenses. Il y avait deux conseils, le petit et le grand; le dernier choisissait les recteurs.) Pour les emplois de la commune , on devait proposer exclusivement les membres de la société, et défense était faite de combattre le parti qu'elle avait adopté; on pouvait même obliger chaque membre à dire ses opinions dans l'assemblée publique ,
(1) Les documents sont publiés par Minutoli dans [le dixième vol. de VArchivio Storico.
(2) Publiés dans les Monum. hist. patrige. Voir aussi Cibrario, Storia di Chieri. — Si quis , qui non sit de societate sancti Georgii permissent aliquemdictœ societatis,vel manum posuerit in persona alicujus diclx sociPtatis, potestas vel rector dicta' socielatis vel consides teneantur et debeant prsecise et sine tenorefacere sonari stremitam, et se armare et curreread arma omnes illos pra dicta; socictatis, et ad se venire armâtes facere, et facere cum ipsis ultionem de maleficio commisso, secundum qualitatem maleficii et personne; et si incontinenti ultionem non fecerit, potestas vel rector vel consules habeant plenam licentiam et bayliam ad suam voluntatem faciendi ultionem in illo qui maleficium commiserit , vel coadjutoribiis suis, ita quod ultio fiât, et non possit remanere ullo modo querela. Item statutum est quod, si contingerct {quod absit) quod rumor sive rixa moveretur in aliquo loco inter aliquas personas , quilibet supradictœ societatis qui hoc audiverit vel vident, illuc currat omni obmisso negocio ; et si viderit quod dicta rixa esset inter aliquos qui essent de dicta societate , quod ille et illi qui ibi erunt de dicta societate debeant et robuste prxstare illi vel illis qui essent de dicta societate qui rixam haberent, auxilium, consilinm et favorem, lotis viribus atque passe, cum armis vel sine armis, etc.
et, s'il encourait une amende pour cette liberté , la compagnie la payait. Les recteurs avaient pour mission de défendre les membres et de les préserver de toute offense, fallùt-il lutter contre les délibérations de la commune. Quelqu'un d'entre eux\ était-il entouré d'embûches, ils le faisaient garder; était-il frappé) ou blessé, iis demandaient réparation et satisfaction. S'ils ne l'ob^^ tenaient pas, on sonnait le tocsin, et tous les associés devaient \ prendre les armes et courir dévaster par le fer et le feu les biens / de l'offenseur ; ils continuaient ainsi chaque année, jusqu'à ce| qu'un accord fût intervenu. Quiconque refusait de répondre à' l'appel, ou ne secourait pas son compagnon engagé dans une (juerelle, était puni d'une amende de cinquante livres. Il était défendu d'avoir des relations avec un individu qui avait offensé un membre de la compagnie.
I Voilà donc une république constituée dans une république ; *r, comme les associés pouvaient avoir des intérêts opposés à ceux de la commune, ils devaient à leur union l'avantage d'être toujours prêts à soutenir l'un ou l'autre parti dans les insurrections , qui trouvaient ainsi un aliment dans les faits destinés à les éteindre. A Sienne, en t371, une discussion s'engage entre les maîtres et les ouvriers en laine, qui prétendent être taxés selon les lois de la commune et non d'après celles de la corporation , se soulèvent en tumulte et profèrent des menaces de mort; mais la force publique l'emporte, et trois ouvriers sont envoyés à la potence-. Leurs compagnons, pour les délivrer, prennent les armes, et la ville embrasse leur cause; la querelle devient politique, l'organisation communale est changée, et les artisans dominèrent à Sienne jusqu'en 1384, époque où les nobles, unis à la populace, leur enlevèrent le pouvoir et en expulsèrent quatre raille. La ville perdit alors les arts , et ce fut au profit du territoire d'Ancône, des Etats de l'Église, du royaume et de Pise(l).
Les impôts que l'on payait sous les rois ou les comtes furent probablement conservés et recouvrés par la commune; mais il est difficile de se faire une idée satisfaisante de leur nature etdu système de perception : du reste, comment suivre dans une histoire générale ce qui échappe même dans une histoire municipale, c'est-à-dire les modifications successives qu'ils subirent dans la qualité comme dans la quantité? Le revenu principal provenait
h) Cronaca di Nerl di Donato. { Rer. It. Script., xv, 224-294. )