LES PROFESSIONS DE LOI
furent établis dans la Péninsule , chacun conserva son propre droit ; de là une grande variété, et, par conséquent, on spécifiait dans les actes ou les jugements sous quelles lois vivaient les contractants ouïes personnes jugées. Telle fut V origine des professions de loi (l) , et sous ce nom de loi je ne comprends pas un corps spécial et déterminé d'institutions, mais en général le droit et les coutumes qui régissaient le fonds que les contractants possédaient.
Quelques écrivains , faisant remonter cet usage aux temps de la première conquête, assurent que les Lombards laissèrent à chacun la liberté de choisir la loi selon laquelle il voulait vivre. Mais alors comment qualifier de tyran un vainqueur qui permet au vaincu de participer à ses propres droits , d'entrer enfin dans la classe des dominateurs ? Puis, que signifierait cette faculté de vivre selon la loi romaine? Une loi suppose des fonctions et des attributions que la conquête avait effacées. Le fait seul que les naturels étaient devenus tributaires et dépendants d'un autre peuple introduisait des relations tout à fait nouvelles; or comment pouvaient-elles être réglées par la loi romaine, et comment cette loi subsistait-elle, dès que ceux qui pouvaient la modifier selon les circonstances avaient disparu? Du reste, il est certain que l'autorité judiciaire, chez les barbares, était inséparable du pouvoir militaire ; exclus de celui-ci, comment les Romains pouvaient-ils obtenir celle-là (2) ?. Les peines, chez les barbares, ne sont le plus souvent que des amendes et des compositions ; comment donc les appliquer au Romain, dont les lois ont un caractère si différent?
S'il est vrai que les Lombards laissèrent aux vaincus leur ancharte du monastère de Sainte-Julie à Brescia , où l'on prévoit le cas qu'un esclave du palais épouse une ingénue romaine; la femme tombe elle-même dans la servitude.
(1) Qui professus sumyiatione mea viveré lege salica ou lonyobarda. La première profession de vivre selon ^ la loi romaine se trouve dans un acte de Lucques de 807 ap. BarsocchiiM , ii, 206 ; la seconde, dans un autre de Bergame de 900, ap. Lupo, Cod. Bergom., i, 1083. Tant étaient rares les débris du peuple romain !
(2) Joseph Rovelli, dont le bon sens supplée à l'érudition, remarque une chose qui avait échappé à ses contemporains : « La réunion du pouvoir ci- « vil et militaire dans toutes les préfectures grandes et petites, eut pour fu- « neste conséquence d'éloigner les Italiens de toutes les charges et de tous les « honneurs et les empêcha, dès lors, de conserver leur ancienne dignité on « d'en acquérir «ne nouvelle, ou bien d'arriver à la richesse. » Dissei'l. prelim. alla storia dl Como, vol. i, [). l'iS. Ces préfectures grandes et petites sont une erreur qu'il puise dans Muratori.