LES MUNICIPES. ARTS. CORPORATIONS
Telle était la condition des Romains vaincus et distribués aux conquérants; mais, tandis que les Lombards, peu nombreux d'abord, puis décimés parles guerres continuelles de deux siècles, se groupaient, organisés militairement, autour des châteaux, qui convenaient mieux à leur caractère que les villes, les campagnes éloignées et surtout les montagnes restaient au pouvoir de la population indigène , et celle-ci pouvait avoir conservé quelque organisation municipale.
Les villes maritimes, ainsi que celles où les Goths et les Lombards ne pénétrèrent que momentanément ou jamais, continuèrent à s'administrer selon les institutions romaines. Quatre ou cinq siècles plus tard, les villes, dominées ou non par les Lombards, se trouvaient réunies dans la ligue de la Lombardie, de la Marche et de la Romagne ; or ces villes avaient des institutions qui se rapprochaient beaucoup des formes du gouvernement municipal. Ainsi l'écrivain qui suppose qu'elles ^avaient cette organisation lorsqu'elles furent envahies , incline à croire que les cités même soumises par les Lombards conservèrent quelque chose du régime municipal ; c'est en vain, pourtant, qu'on en chercherait les vestiges. Il est également impossible de déterminer la condition des vaincus d'après les lois , qui n'étaient faites que pour les vainqueurs, bien que les derniers fussent portés à vénérer dans les premiers la dignité du sacerdoce ou la supériorité du savoir, au point qu'ils étaient forcés de les employer comme notaires et pour rédiger les lois.
Si l'on veut retrouver les indigènes , il faut les chercher dans les ateliers , dans les champs abandonnés à la population désarmée. Peut-être , à l'imitation des vainqueurs , distribués par races, les vaincus étaient-ils organisés par eco/es de métiers, solidairement responsables du tribut que l'on devait au duc ou au roi.
Les invasions (qui pourrait en douter?) nuisirent au commerce ; néanmoins telle est sa vitalité qu'il ne périt pas entièrement, bien qu'il eût à souffrir des règlements ineptes et de la protection systématique beaucoup plus que de tous les désastres. Théodoric, pour le favoriser, avait institué en Italie des préfets et des juges afin de statuer sur les procès entre les étrangers et les habitants; dans le même but, il avait frété jusqu'à mille navires pour le transport des marchandises et la sûreté des côtes , attiré des négociants par des promesses et des immunités , réparé et garanti les routes contre les voleurs. L'Anonyme, découvert par Valois,