‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 41 sur 365 · CONFRATERNITÉS · texte numérisé non relu

CONFRATERNITÉS

Le peuple vaincu peut encore se rencontrer dans les gildes, espèces de confraternités qui se formaient pour se secourir eu cas d'incendie ou d'autres sinistres, et qui peut-être, quelquefois, mettaient obstacle à la brutale tyrannie des vainqueurs. La population italienne subsistait surtout et avait sa représentation dans l'Église ; elle se réunissait pour élire ses évéques et ses curés (1), s'attachaut d'autant plus aux prêtres et aux religieux que, sortis eux-mêmes de la classe des opprimés, ils protégeaient et consolaient les opprimés. Les affaires ecclésiastiques , parmi eux, se réglaient selon la loi romaine , et les Lombards leur permettaient de résoudre leurs différends devant les cours épiscopales. Or les ecclésiastiques étaient les frères, les fils, les parents de la race indigène, à laquelle ils pouvaient insinuer les principes d'ordre qui la concernaient spécialement. On regardait alors comme vraie une constitution de Constantin, dont la critique n'a fait raison que plus tard, qui disposait que, dans le cas où une cause serait portée devant l'évêque par l'une des parties, l'autre devait se soumettre au jugement de ce prélat. Le conquérant ne la reconnaissait pas légalement; mais le clergé s'en faisait un appui: « Le vainqueur ne s'est pas soucié de vous? Eh bien! « quand il s'élève quelque différend entre vous, portez-le devant « nous, et nous le réglerons avec équité. Le Lombard n'a pas « pourvu à l'organisation de la commune, aux mesures de police ? « pourvoyez-y vous-mêmes d'après les coutumes dont vous avez « la tradition. Cette domination inquiète , entrave tout com- « merce? Eh bien ! venez au couvent, et là, dans l'enceinte sacrée, « réunissez-vous pour acheter et vendre, protégés par l'immu- « nité eccléi^iastique. Le dominateur vous poursuit l'épée nue? « Mettez- vous à l'abri de sa fureur dans les asiles que nous vous « ouvrons dans les lieux saints. Vous autres, bien que vaincus , « vous êtes les vrais croyants, tandis que vos maîtres sont ariens ; « vous êtes les fils de Dieu dans le ciel et du pape sur la terre, « et le pape vous bénit, taudis qu'il réprouve la race abjecte et « détestable des Lombards. »

Ainsi l'autorité ecclésiastique, la seule qui eût survécu, devint le centre autour duquel se réunirent les espérances et les droits des Italiens, qui puisaient à cette source une espèce d'organisation.

(1) Clerm et plebs mediolanensis Deusdedit diaconum eUgenies, ab Agilulforege terrentur qualenus dlum eligerent, queni Longobardorvm barbaries voluisset. (J. Le Diacre, Vitas. Gregorii Magni.)

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