LE CLERGÉ ET LES VAINCUS
Sans doute, il n'y a rien dans ce fait qui indique une cité , une administration communale; mais le peuple subsiste, il se rattache à une classe respectée même des envahisseurs , et il se relèvera si jamais celle-ci parvient à obtenir quelque droit de représentation.
Cet état de choses fortifiait la puissance des évéques, défenseurs du parti national (1), d'autant plus qu'jls étaient unis avec tous les évêques d'Occident, et que c'est à eux que s'adressaient les papes, surtout Grégoire-le-Grand. Ce pontife, dans les calamités publiques, excitait les évêques à convertir les vainqueurs ariens (2) : « Que votre fraternité exhorte partout les Lombards, au milieu '< de la mortalité qui sévit, à ramener à la vraie foi leurs enfants « baptisés dans l'Église arienne, à l'effet d'apaiser la colère du « Tout-Puissant. Entraînez par la persuasion de la religion véri- « table tous ceux que vous pourrez ; prêchez-leur sans relâche « la vie éternelle, afm que, lorsque vous comparaîtrez en pré- « sence du Juge, vous puissiez lui montrer le fruit de votre zèle. »
Ce même pontife écrivit encore à Magnus, prêtre de Milan, pour qu'il engageât le clergé et le peuple à élire un successeur à l'évêque Honoré. Magnus se rendit à Rome avec la lettre où l'on annonçait que les suffrages se réunissaient sur Constance. La lettre n'était pas signée, parce que les catholiques craignaient de se compromettre ; mais le pape confirma l'élection en dispensant Constance, selon le privilège de l'église ambrosienne, de venir à ses pieds recevoir l'ordination; néanmoins il voulut que l'on consultât les Milanais réfugiés à Gênes. Leur adhésion donnée. Constance fut évêque. Après sa mort , Dieudonné devait être sou successeur; mais, comme Agilulf prétendait en imposer un autre de son choix, Grégoire écrivit aux Milanais de rester fermes, et que, d'ailleurs, il n'accepterait jamais un évêque nommé par des non-catholiques ou Lombards. « D'un autre côté (ajoutait-il ) , « rien ne vous oblige à céder, puisque les biens affectés aux clercs « qui desservent Saint- Ambroise se trouvent en Sicile et dans « d'autres lieux indépendants (3) ». La cause de la liberté et de
(1) Grégoire le Grand écrivit à propos de Constance de Milan : Quam fuerit vigilans in tuitione civitatis vestras, non habemus incognitiun.
(2)Epist. 1,17.
(3) Epist. III, 26, 29, 30; iv, 1. Muratori, racontant que les archevêques de Milan siégèrent à Gênes, depuis Alboin jusqu'à Rolliaris, termine ainsi : » C'est une preuve de la modération des rois lombards, qui, maîtres de la noble ville de Milan, permettaient à ces archevêques de ré^^ider à Gênes,