‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 5 sur 365 · LES TRENTE DUCS · texte numérisé non relu

LES TRENTE DUCS

capable de nous affranchir des Lombards, sauve-nous au moins de la faim ! »

Le bon empereur expédia, en effet, du blé à Rome, mais point de soldats ; le sénat ne trouva donc pas de meilleur expédient que d'acheter à prix d'argent quelque chef ennemi. Tel fut le Suève Droctuif, d'abord prisonnier de guerre des Lombards, puis nommé duc par eux (l) ; s'étant mis à la solde de l'exarque de Ravenue, il s'empara de Rrescello, d'où il harcelait les Lombards. Le sénat ensuite, moyennant cinquante mille pièces d'or, engagea Childebert à descendre en Italie pour attaquer les Lombards , et ce roi des Francs vint avec une puissante armée. Les ducs, pour conjurer le danger qui menaçait leur domination, gg^ convinrent d'élire pour roi, après neuf ans de vacance, Autharis, fils de Cléfis ; mais, comme ils s'étaient partagé les biens royaux, et que Rosemonde avait emporté à Raveune le trésor d'Alboin , ils se bornèrent à donner au roi la moitié de leurs propres domaines.

Autharis, au moyen de riches dons, renvoya Childebert au delà des Alpes, d'où il était venu attiré par des dons. Mais l'em-

(1) Paul Diacre nous a conservé son épitaphe , que nous rapportons comme un des rares monuments de cette époque :

Clauditur hoc tumulo, tanlum sed corpore, Droctuif,

>'am merilis tota vivit in urbe suis. Cum Bardis fuit ipse quidem, nam gente Suevas;

Omnibus et populis inde suavis erat.

Terribilis visu faciès, sed mente benignus,

Longaque robuste pectore barba fuit.

Hic et amans semper romana et publica signa,

Vastator gentis adfuit ipse suœ.

Contempsit caros, dum nos amat ille, parentes,

Hanc pntriam reputans esse Ravenna suam. Hujus prima fuit Brexelli gloriacapti;

Qua residens, cunctis hostibus horror erat. Qui romana potens \ aluit post signa juvare

Vexillum primum Christus habere dédit.

Inde etiam retinet dum classem fraude Feroldus,

Vindicet ut classem, classibus arma parât. Puppibus pxiguis decertans anine Badrino,

Bardoruro innumeras vicit et ipse manus. Rursus et in terris Avarem superavit Eois.

Conquirens dominis maxima palma suis.

Martyris auxilio Vifalis fultus ad istos

Pervenit, victor saepe triumphat ovans- Cujus et in templis petiit sua membra jacere,

Hîec loca post mortem corpus habere juvat. Ipse sacerdotem moriens petit ista Joannem,

His reddit terris cujus aniore pio.

AUTHARIS. 1 1

pereur exigeait que le Franc continuât la guerre , ou bien qu'il restituât le subside payé d'avance ; Childebert revint doue pour accomplir sa promesse ; mais il ne fit qu'ajouter la défaite au déshonneur. Afin de laver sa honte, il réunit vingt capitaines redoutables , franchit les Alpes une troisième fois , et , bien que battu près de Bellinzona , il continua sa marche et se rendit 390. maître de Milan et de Vérone.

Autharis , ne voulant pas jouer dans une bataille le sort du royaume, et d'ailleurs plus soucieux de son pouvoir que du salut des habitants, renferma dans les places fortes ses troupes et ses trésors, et abandonna le pays à la dévastation. Si les Grecs, comme il avait été convenu , se fussent réunis aux Francs près de Milan, la domination lombarde pouvait finir alors; mais, tandis que les premiers perdaient le temps, qui est tout à la guerre, autour de Modène et de Parme, la discorde se mit entre les chefs des Francs, et Childebert remonta le cours de l'Adige, en détruisant plusieurs forts dans les vallées du Trentin.

Le roi des Lombards, sortant alors de Pavie , recouvre facilement le pays; bien plus, à la faveur du découragement qui règne partout, il s'empare de la petite ile de Comacina dans le lac deCôme, où Francion, partisan impérial, avait résisté jusque là, et dans laquelle toutes les villes avaient entassé beaucoup de richesses (1). Après avoir concentré ses forces à Spolète, il s'avance ensuite sur le Samnium, parvient à l'extrémité de l'Italie, pousse son cheval dans la mer, et, lançant son javelot contre une colonne encore debout, il s'écrie : " Là sera la limite du royaume lombard ! »

Les Lombards^ et le moment paraissait favorable, auraient peut-être soumis la Péninsule entière, s'ils avaient su respecter les sentiments et la religion des Italiens, au lieu de se faire mépriser comme barbares, et de se rendre odieux comme hérétiques et comme tyrans.

La fureur primitive de la conquête s'était pourtant calmée, et l'on vit s'introduire un peu d'ordre et quelque civilisation, surtout par les soins d'une femme étrangère. Les débris de la puissance d'Odoacre et des Ostrogoths, après la perte de l'Italie, avaient formé la nation des Bavarois, dont Garibald, de la dynastie des Agilulfinges, était duc à cette époque. Autharis lui

(1) Inventx sunt in eadem insula divltix mullx, qux ibi de shnjulis fuerant civitatibus commendalx. (Paul Ducre, liv. m, cli. 26.)

12 AUTHARIS. THÉOLÛLINDE.

envoya demander la main de sa fille Théodolinde , et l'obtint de préférence à Childebert , roi des Francs ; mais, comme la conclusion se faisait attendre, le prince lombard, impatient de connaître sa fiancée et de prévenir son rival , se rendit à la cour de Bavière, feignant d'être un des ambassadeurs d'Autharis. Il vit Tlîéodolinde, qui lui plut ; alors il la salua reine d'Italie et la requit d'accomplir le rite national, en offrant une coupe de vin à ses futurs sujets, ce qu'elle fit; mais Autharis, en lui rendant la coupe, toucha furtivement sa main, et fit en sorte qu'elle vînt lui effleurer le visage. Théodolinde raconta ce fait à sa nourrice, qui l'assura que le roi seul avait pu tant oser; cette pensée lui sourit, car elle avait trouvé l'ambassadeur beau et bien fait. Le prince partit ; à la frontière, lorsqu'il prit congé de l'escorte bavaroise, il se dressa sur son cheval, et, jetant de toute sa force sa hache contre un arbre : « Voilà, dit-il, les coups que lance le roi des Lombards ! »

Le franc Childebert assaillit Garibald à l'improviste pour lui enlever Théodolinde ; mais elle parvint à rejoindre son époux à Vérone. Un grand nombre de Bavarois s'établirent parmi les Lombards. Gunduald, frère de la reine et père futur de rois, fut nommé duc d'Asti. Autharis mourut au bout d'un an. Les Lombards avaient une telle confiance dans Théodolinde qu'ils promirent d'accepter pour roi celui dont elle ferait son époux ; elle fit venir à la cour Agiiulf, duc de Turin, non moins distingué 391. par les avantages de sa personne que par son esprit belliqueux. Après avoir bu, elle lui présenta la coupe à vider, et le duc, pour la remercier, lui baisa la main ; mais Théodolinde lui dit : « Pourquoi baises-tu sur la main celle que tu as le droit de baiser sur la bouche? » Cet acte rendit public son choix, qui fut confirmé et applaudi par l'assemblée nationale.

Ces faits particuliers, bien qu'embellis par l'art ou l'imagination du narrateur lombard, révèlent les mœurs du peuple dominant.

la piété de Théodolinde devait adoucir le caractère farouche des Lombards. Avant d'entrer en Italie , ils avaient embrassé le christianisme; mais ils conservaient certaines pratiques idolâtriques, au point qu'ils soumirent à la torture les Romains prisonniers qui refusèrent d'adorer un crâne de chèvre immolée par eux. Malheureusement les premiers qui cherchèrent à les convertir étaient arieus ; aussi , lorsqu'ils furent devenus chrétiens, ils durent être surpris et s'indigner d'entendre les catho-

AUTHARIS. THÉODOLINDE. 13

liques leur dire qu'ils se trouvaient encore sur la voie de l'enfer.

Les Lombards, dans le principe, molestaient les catholiques , dont ils chassaient les évêques pour leur en substituer d'ariens. Plus tard ils tolérèrent dans chaque ville un évêque des deux religions; mais la nomination et la confirmation devenaient une occasion de tourments pour l'évêque catholique , contrarié par les vainqueurs, soutenu par les vaincus. Autharis, qui avait abandonné l'idolâtrie pour l'arianisme, effrayé de la prépondérance des catholiques, leur défendit de baptiser selon leurs rites les enfants desLombards. Sa mort prématurée fut regardée comme un châtiment de ce décret, qui ne fit que redoubler le zèle des catholiques, encouragés d'ailleurs par Grégoire le Grand. Agilulf, irrité contre ce pontife, traversa le Pô et vint menacer Rome ; le pape alors suspendit le cours de ses homélies sur Ézéchiel , en « disant : Partout on entend des gémissements. Agilulf détruit « les villes, renverse les forteresses, dépeuple les campagnes et « fait un désert de contrées entières. Des personnes arrivent à « Rome avec les mains coupées ; d'autres sont conduites en ser- « vitude, et, dans tous les environs, on ne voit que des malheu- « reux égorgés et l'image de la mort. »

Théodolinde était catholique ; le pontife, par des lettres fréquentes et l'envoi de ses propres dialogues, soutint la foi de cette reine, qui convertit enfin son époux à la religion véritable. Leur fils reçut le baptême selon les rites catholiques, et « l'on restitua aux évêques, jusqu'alors avilis, les honneurs et les dignités dont ils avaient coutume de jouir (i). » A leur exemple, la nation entière se fit catholique, se montra pleine de zèle pour le culte et multiplia les églises , qui , dans certaines villes , se comptaient parcentaines ; à toutes, sauf les églises paroissiales, étaient joints soit des monastères, soit des hôpitaux pour les malades et les voyageurs. Théodolinde leur fit restituer leurs biens, et les augmenta par de nouvelles libéralités ; elle fit construire à Monza

(1) Le même, liv. vr, ch. 6. Léo dit : « Aucun roi n'osa enrichir les prêtres calholiques, parce qu'ils étaient tous favorables à la seigneurie des Romains. » Vie. délia cosiit. in Italia, § 10, première partie. Rotliaris fonda ) Insieurs monastères, comme le prouve le document publié dans les flist. patrixmnmunenta, Chart., tome i, page 7. Paul, liv. vi, cb. 6, dit d'Aiiiiulf : Militas possessiones Ecclesicc largitus est, et nous savons qu'il donna des biens au monastère de Saint- Colomban à Bobbio. Nous indiquerons en leur temps les libéralités de ses successeurs, libéralités dont Ips bistoires sont remplies.

iA THÉODOLINDE.

la basilique de saint Jean-Baptiste pour elle , son mari , ses fils et ses filles et pour tous les Lombards d'Italie : cet édifice, précédé d'un vestibule à portiques, avait la forme d'une croix grecque, et portait une coupole soutenue par des colonnes octogones, sous laquelle s'élevait l'autel , où l'on montait au moyen d'un escalier.

Au-dessus de la grande porte de la basilique actuelle, qui fut construite au quatorzième siècle, se trouve un bas-relief qui pourrait être contemporain de Théodolinde ; fait en marbre blanc, avec des dorures et des couleurs, il représente le baptême du Christ. Dans la partie supérieure figurent la reine , qui offre à Jean-Baptiste une couronne ornée de pierreries, et, près d'elle, sa fille Gundeberge avec les mains jointes, son fils Adaloald tenant une colombe, puis, à genoux, son mari Agilulf ; on y voit encore l'image des dons faits par ces rois , c^est-à-dire des couronnes, des croix, des vases, la poule avec ses poussins, que l'on conserve encore.

La basilique possède encore un Évangile couvert d'une lame d'or du poids de soixante onces , avec des pierres précieuses, huit camées et l'inscription : De donis Dei offerit Theodolinda regina gloriosissima, sancto Johanni Baptistx quam ipsa fundavitin Modiciaprope palatium siium ; une patène d'or, entourée de quatre hyacinthes, de quatre émeraudes et de dix-sept perles; un coffret pour le calice, revêtu d'uue lame d'or, avec cent douze pierres précieuses, vingt et une perles et une grosse améthyste; un peigne d'ivoire enchâssé d'argent doré et de pierres précieuses; une croix pesant deux cents onces d'or, qui représente, d'un côté, la vie du Christ, de l'autre, celle de saint Jean-Baptiste, et l'image de Théodolinde avec l'inscription : Theodolinda regina visa in Deo. Plus dignes de remarque sont la couronne de fer, qui était peut-être un collier de cette reine , et la couronne d'Agilulf ; cette couronne , ornée de pierreries , avec une croix suspendue à une chaînette, est entourée des douze apôtres, et, dans le milieu, se trouve le Sauveur assis entre deux anges (l).

(1) On lit autour de cette couronne, agilvlfgr vt. divin, clor. re\ totils ital.

OFFERT SANCTO JOHANM B\PTIST.£ l.\ ECCLESIA HIODICIA. Si l'OH pOIIVail CroilC

rinscriplio.i contemporain»; du dou, c'est la première l'ois qu'on trouve la toimule par la grâce de Dieu, introduite plus tard dans les diplômes par le Franc Pepiu, aiusique celle de roïde toute l'Italie, qui, non sans un grave motil, lut ensuite employée par Charlemagne et Napoléon. Il ne paraît pas

THÉODOLINDE. AGILULF. 45

Théodolinde déposa aussi dans sa basilique beaucoup de reliques qu'elle avait obtenues du pontife, entre autres de l'huile tirée des lampes qui brûlaient devant les martyrs , et qui était renfermée dans des ampoules de cristal, d'ivoire ou d'autre matière; ces reliques^ comme le papyrus sur lequel on les avait enregistrées, sont encore vénérées (l). La reine avait dans cette ville un palais enrichi de peintures qui représentaient des usages nationaux, ce qui prouve que les arts n'avaient pas péri. La tradition populaire attribue une infinité de fondations à la pieuse reine, dont la mémoire est encore bénie par la classe inférieure des Italiens.

A cette époque, les empereurs iconoclastes (dont nous ^parlerons avec plus d'étendue) voulurent obliger les Romains à répudier le culte des images ; le peuple alors, voyant qu'il n'avait pas d'autre moyen pour assurer la liberté des consciences et du culte, se révolta contre eux et finit par secouer leur joug. Grégoire le Grand, qui avait souvent élevé la voix contre les abus des ministres grecs en Italie, encouragea les Romains dans cette entreprise; bien loin cependant de favoriser les Lombards, il les réconcilia avec l'exarque Callinique. Mais les Grecs ayant manqué à la foi jurée, et assailli en pleine paix la ville de Parme, d'où ils emmenèrent esclave la fille même du roi , Agilulf s'allia avec le kacan des Avares, ennemi perpétuel de l'empire oriental; celuici envahit laïhrace, et, par l'envoi d'un corps de Slaves en Italie, donna l'avantage au roi lombard, qui s'empara de Crémone, de Mantoue et de Padoue, possessions impériales jusqu'alors, et punit la perfidie de l'exarque en livrant ces villes aux flammes. Agilulf tenta plus d'une fois de débarquer en Sardaigne, mais il ne put réussir.

Son règne fut troublé par quelques ducs qui se mirent en rébellion ouverte, peut-être par réaction arienne contre le catholicisme dominant. Il usa de clémence envers les uns et de rigueur

que les I^ombards couronnassent leurs rois ; ils leur donnaient l'investiture en leur mettant une lance dans la main ; cependant leur effigie sur les monnaies porte la couronne.

(1) Excellentimmo fdio nostro Adulouwaldo reg. transmittere phijlacteria curavimus,idest crucem cum Ugnos. crvcis l)oviini,et leclioncm s. Evungclii theca persiceinclusam. FilUv quoquc mea', sorori ejtcs , ires annulas /7-ansmisi, duosatm hyacïnthls et unum cum albula :qua cis per vos peto dari. L'usage d'envoyer des ossements de saints n'était pas encore établi , et Grégoire le Grand le désapprouve entièrement.

16 AGILULF. ARTOVALD.

envers les autres; mais il traita sévèrement les partisans de l'étranger, comme Maurice, qui avait livré Pérouse à l'exarque romain, et Minulf, duc de l'ile d'Orta, qui avait favorisé une invasion des Francs.

Les Francs avaient souscrit des trêves, mais jamais la paix avec les Lombards, qui, depuis l'époque des trente ducs, continuaient à leur payer un tribut de douze mille écus d'or. Agilulf envoya corrompre, au prix de mille sous pour chacun, les trois ministres de Clotaire, qui persuadèrent à ce roi d'accepter trentesix mille écus comme règlement définitif; ainsi cessa le tribut honteux.

6<5. Agilulf s'était associé au trône son fils Adaloald, qui lui suc-

céda sous la tutelle de Théodolinde; mais il se livrait à de tels excès d'impiété et de cruauté qu'on attribuait sa conduite aux effets d'un breuvage que l'empereur Héraclius lui aurait fait administrer. Ce breuvage, disait le peuple, ne lui permettait d'agir qu'au gré de l'empereur; ce n'était là, peut-être, qu'une manière d'exprimer la tendance du roi à favoriser les intérêts des Romains plus que ceux de sa nation. Il défendait les incursions sur les territoires indépendants; on l'accusa d'avoir formé le projet d'égorger tous les nobles lombards et de se donner aux Grecs. Ces motifs réunis le firent déposer par les grands, qui lui substituèrent Ariovald, duc de Turin. Avant d'être roi, ce duc, qui n'appartenait ni au catholicisme, ni à la race bavaroise, avait rencontré à Paviele prêtre Sélidolphe, moine de Bobbio : « Voici, s'était-il écrié en l'apercevant, un des moines de Colomban (le saint fondateur de ce monastère) qui ne daignent pas nous rendre le salut, » et il le salua le premier. Le prêtre lui répondit qu'il l'aurait salué s'il eût été irréprochable en matière de foi. Le prince irrité le fit bàtonner de telle manière que le moine resta comme mort; puis, s'étant relevé, il s'en alla (i).

Le règne d'Ariovald fut pacifique et sans événements remarquables, sauf les troubles occasionnés par la rébellion des deux frères Tason et Cacon, ducs du Frioul et neveux du Bavarois Gisulf. Il soupçonna Gundeberge, leur cousine comme fille de Théodolinde et sœur d' Adaloald, qu'il avait épousée pour se frayer la voie du trône, d'être d'intelligence avec eux ; soutenue par l'amour des Lombards, elle voulait, à l'exemple de sa mère, s'immiscer dans les affaires de l'État. Ariovald, ne se sentant pas

(1) JoNAR, Vifa s. Berfulfi. ap. Makii.i.on, orcl. s. Bened.

ARTOVALD. il

assez fort pour exterminer les deux rebelles , acheta l'exarque (Je Ravenne, qui, après les avoir attirés à Oderzo, sous le prétexte de leur couper la barbe, c'est-à-dire de les adopter comme fils et clients de l'empire, leur donna la mort; le roi, pour le récompenser, lui fit remise du tribut que lui devaient les exarques.

Après sa mort, Gundeberge, qui était assurée du concours des principaux Lombards , offrit la couronne à Rotharis, duc de cm. Rrescia (l), à la condition qu'il répudierait sa femme pour l'épouser; il accepta. Rotharis, de l'ancienne famille lombarde des Arodes, punit sévèrement les seigneurs qui s'étaient opposés à sa nomination, et put ainsi rétablir l'obéissance. Non content d'être ingrat envers sa femme et de se livrer à des concubines, il se mit à la persécuter Adaulfe , courtisan lombard , fier de s'entendre louer par Gundeberge , osa lui demander son amour , et, comme il fut repoussé, il l'accusa de conspirer avec un duc pour empoisonner son mari. Rotharis la fit alors enfermer dans le château de Lomello , où , pendant trois ans , elle fut soumise aux plus rudes épreuves. Enfin Clotaire, roi des Francs, lui adressa des plaintes sur l'indigne traitement dont sa femme était victime. Comme Rotharis alléguait le soupçon qu'il avait conçu , un des envoyés francs lui dit : « Rien de plus facile que de t'assurer de « la vérité ; ordonne à l'accusateur de combattre avec un cham- « pion de la reine, et que le jugement de Dieu décide. » L'avis fut agréé, le combat eut lieu, l'accusateur succomba, et Gundeberge fut rétablie dans ses honneurs et ses biens (2).

Rotharis , arien , mit un évêque de sa croyance dans chaque ville, et cependant il se montra généreux envers les églises. Sous son règne , l'évêque de Pavie ayant embrassé la foi catholique, cette ville, qui était sa capitale, perdit alors sa double suprématie. Pour réprimer les turbulents, Rotharis punit de mort plusieurs nobles lombards ; puis, dans une guerre contre les Romains, il détruisit Oderzo, occupa Luni, Gênes, Savone, Albenga et tout le littoral jusqu'aux terres des Francs de Rourgogne, démantelant les villes, qui désormais, par ses ordres, furent appelées bourgs (3), Il vendit aux Francs beaucoup d'habitants comme esclaves.

(1) Brexiana civiias magnam sonper nobilium Lonrjohardorum multlludinem habuit. (P. Diacre, liv. v, cli. 36.)

(2) Fiédégaire et Paul attribuenl le fait à Rodoald.; mais les temps no s'accordent pas.

(3)r>nickliaid {Staats-und llechlsgesch. der Rômer, §42,'Stiittgard, isil) prétend que les oppida et les vici n'avaient pas (le murailles, ot ne coasti-

lUSr. IJI.S ITAI.. — T. IV. 2

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