‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 6 sur 365 · LES ENVAHISSEURS. LÉGISLATION LOMBARDE. MOEURS · texte numérisé non relu

LES ENVAHISSEURS. LÉGISLATION LOMBARDE. MOEURS

Le royaume lombard , organisé militairement , cherche à se conserver, mais ne se consolide point. Au dehors, il doit se défendre contre les Slaves d'une part, et de l'autre contre les Francs : à l'intérieur, il fait des efforts continuels , mais isolés, pour conquérir de nouvelles terres sur les Grecs. Après Théodolinde, commence la lutte entre deux partis à tendances contraires : l'un se rapproche de l'Eglise et des Italiens ; l'autre leur est hostile, raille et tue les Romains; le premier cherche à fondre les deux races , et le second à les maintenir distinctes. Les ducs travaillaient à consommer le fractionnement du royaume, tandis que le roi s'efforçait de constituer l'unité dans le pouvoir, en faisant prévaloir sur la liberté germanique le despotisme militaire d'abord , puis l'ordre des magistrats organisés à la romaine. Dans ce but , Rotharis lit écrire le droit lombard ; nous allons, par conséquent, nous arrêter à son règne, pour examiner le caractère général de la conquête germanique et les institutions particulières aux Lombards; il importe d'autant plus d'étudier les lois de ce peuple qu'elles changèrent la forme civile, durèrent longtemps, et que leur influence se fit sentir sur les législations postérieures de l'Italie.

L'ancienne Germanie ne formait pas une monarchie compacte, mais une confédération d'hommes libres et de nobles, soumis à des princes héréditaires ou à des chefs électifs. La parenté, le voisinage, la clientèle, constituaient des agglomérations partielles, qui réglaient leurs intérêts particuliers dans des assemblées générales. Les chefs de famille exerçaient lasouveraineté, décidaient de la guerre et de la paix, jugeaient les criminels d'État, nommaient des magistrats pour administrer la justice dans les bourgs, et donnaient les armes à ceux qui étaient reconnus capables de les porter. Dans les circonstances les plus graves, c'est-à-dire quand les bras de tous devenaient nécessaires, la nation entière s'assemblait pour résoudre ce qu'elle-même devait ensuite exécuter,

tuaient point une commune indépendante, mais qu'on les assignait aux municiprs sur le territoire desquels ils se trouvaient.

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Les chefs, disposant du suffrage et des bras d'une foule de clients, acquéraient un grand pouvoir et parfois une autorité monarchique sur toute la nation. Lorsque les hommes du Nord envahirent l'empire romain, les populations germaniques étaient généralement gouvernées par des rois, choisis entre les personnages les plus distingués, et surtout parmi des familles d origine divine. Mais ces rois n'étalent que les premiers entre leurs égaux ; ils ne pouvaieutobtenir de crédit que par leur courage et des libéralités; outre les dépouilles ennemies et les amendes qu'ils imposaient pour délits, ils vivaient de leurs propres revenus et des dons que leur faisaient le peuple et les étrangers. Dans les cas urgents, ils convoquaient l'assemblée et faisaient exécuter ses décisions; du reste, ils n'administraient ni les affaires de l'Etat ni la justice , car le peuple élisait les juges , auxquels il adjoignait un conseil pris dans la commune.

Le port des armes était considéré comme une marque distinctive de la nation et la gloire de l'homme libre. Tout Germain, dans les dangers de la patrie, était convoqué à Vheriban , c'est-à-dire levée en masse. Des hommes libres formaient encore, de leur propre volonté, la bande guerrière, et se liaient à un chef comme compagnons. Lorsqu'il proposait une expédition, ils le suivaient ; s'ils lui prêtaient bonne et loyale assistance, ils recevaient des éloges, sinon ils étaient deshonores comme lâches. Dans l'origine, ces associations se formaient pour une seule entreprise; puis quelques-uns s'attachèrent pour la vie à un chef, auquel pourtant ils n'étaient enchaînés que par la crainte de la honte qui tombait sur les compagnons indignes. Chacun d'eux se glorifiait dans les triomphes du chef, qui les nourrissait et les enrichissait par des expéditions continuelles; enfin chefs et compagnons se soutenaient et se vengeaient réciproquement.

Lorsqu'une bande était vaincue et chassée de son pays , elle faisait irruption sur les terres voisines pour conquérir une nouvelle patrie. D'autres bandes étaient composées d'individus (comme autrefois chez les Sabins) qu'on envoyait au dehors, quand la population devenait excessive. Telles furent les hordes qui , dès l'époque de César, se ruèrent sur l'empire et parvinrent à le renverser.

La propriété était commune, non individuelle; le possesseur ne pouvait donc ni la vendre ni la transmettre hors de la tribu; si quelqu'un mourait sans héritier, sa succession était partagée entre tous les membres de l'association.

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