LES -ÉVÊQUES. JURIDICTION ECCLÉSIASTIQUE
de morale, de discipline, soutient des controverses avec les hérétiques et les philosophes, répond aux consultations d'autres évéques, des églises, des moines et des particuliers ; il se rend parmi les barbares et les usurpateurs pour les adoucir , ou va siéger dans les conciles; il rachète les prisonniers, nourrit les pauvres, les veuves, les orphelins, fonde des hôpitaux, joue le rôle d'arbitre, de juge de paix, d'ambassadeur; en un mot, il exerce le pouvoir religieux, philosophique et politique.
La vénération amenait spontanément le peuple à rechercher la juridiction arbitrale des évêques, qui passaient des journées entières à prononcer sur les différends des fidèles, quelquefois même des païens; une loi formelle de l'empire enjoignit aux magistrats d'exécuter les décisions des évéques. Ces décisions, prises sans distinction de personnes et débarrassées des solennités juridiques, ramenaient le droit à la raison et à l'équité; car, tenant compte de la bonne foi plus que de la parole stricte, des préceptes religieux et moraux plus que des prescriptions civiles, elles opposaient à l'espritcontentieux la charité et la vérité. L'évêque, comme le protecteur des faibles, s'interposait entre le maître et l'esclave, entre le père et les enfants, remédiant aux iniquités légales. Les gouvernements municipaux étaient-ils abandonnés par les decurions , des évêques et des prêtres se mettaient à leur tête, se trouvant partout où il fallait veiller, diriger, consoler. Honoré de Novare fortifia quelques postes, disposés comme des logements militaires, pour abriter son troupeau contre les hostilités d'Odoacre et de Théodoric Le privilège qu'avaient les temples et les bois sacrés de protéger les criminels, fut transféré aux églises.
L'immixtion des prêtres dans les affaires civiles n'était donc pas une usurpation; ils n'avaient pas sollicité ce rôle, contraire d'ailleurs à leur destination. Mais le besoin les appela: ils se trouvèrent prêts, et le christianisme leur fournit le droit et les moyens de faire ce qui est utile à l'homme. Cette intervention, pourtant, sert de thème vulgaire aux déclarations des défenseurs de ce qu'on appelle la liberté des couronnes. Quant à la question de savoir si, à notre époque, il convient de remettre, non-seulement tout pouvoir, mais encore la conscience, à la disposition de cet être abstrait qu'on nomme le gouvernement, nous laissons aux sages le soin de la discuter, et nous attendrons que l'expérience l'ait résolue pour ceux qui ne savent pas.
L'histoire nous montre que l'Église recueillait, non pas les