JURIDICTION ECCLÉSIASTIQUE. LES MOINES
honneurs, mais les charges du pouvoir, dont l'autorité laïque s'était affranchie. S'interposant entre les vainqueurs et les vaincus, elle prêchait la pitié aux uns et la patience aux autres; elle offrait des tuteurs aux sociétés décrépites, des conseillers aux nouvelles; elle fondait ensemble les dernières qualités des Romains, affaiblies et sans lien, avec les qualités incultes et robustes des barbares, remédiait aux vices des premiers, et polissait la grossièreté des autres. Par la sévérité de ses commandements, elle retrempait la faiblesse des intelligences , renouait les communications entre les provinces séparées, et, au milieu du bouleversement universel, rétablissait le dogme de l'autorité, c'est-àdire d'un pouvoir admis et consenti par les âmes ; elle montrait un ordre établi, un gouvernement sans violence , un système unitaire et républicain, où la multitude ne devient pas confusion parce qu'elle est soumise à l'unité, où l'unité ne devient pas tyrannie parce qu'elle est multitude, .\insi l'Église se consolidait comme puissance publique, comme république morale: gouvernement véritablement libre, parce que, sans dispenser de la règle, il changeait l'obéissance aveugle en obéissance raisounée, le supplice ea expiation.
Les austères vertus des moines excitaient l'admiration des barbares, et leur inspiraient une haute idée d'une religion capable de produire de si grands sacrifices. Durant l'empire , un grand nombre de chrétiens s'étaient réfugiés dans la solitude , besoin des âmes dégoûtées par la corruption ou brisées par la tempête, pour se soustraire à un monde qui n'occupait pas leurs facultés, offensait leur raison, et n'offrait partout que le spectacle des souffrances. Cette retraite était déterminée par le besoin de servir Dieu pour Dieu , non par des calculs ou des artifices domestiques, comme ceux qui peuplèrent ensuite les monastères d'âmes ennuyées et médiocres. Néanmoins, aussitôt que le zèle se fût attiédi dans les douceurs de la paix, les passions humaines envahirent les monastères; après avoir renoncé au monde pour se donner à Dieu, les moines revenaient de l'un à l'autre, briguant, bouleversant, au point que les empereurs durent défendre aux anachorètes de venir dans les villes.
L'Occident, dont le caractère est l'activité , fit peu de cas de l'exaltation ascétique ; les dévots même qui se consacrèrent à la vie monastique (l), furent attirés moins par la contemplation et
(1) Milan, Vérone, Aquilée, prétendent avoir possédé des monastère.*