SAINT BENOIT
tuUus, nobles romains , lui envoyèrent leurs fils, Maur et Placide, qui furent ses premiers disciples ; après avoir fondé dans les environs douze monastères , chacun de douze moines, il y faisait l'expérience de la règle qu'il méditait. Mais, là encore en S29. butte à l'envie, il se retira, avec Placide et Maur, au lieu où, des rives de la Melfa , le mont Cassin se dresse dans un des sites les plus délicieux, offrant en perspective les riantes vallées qui serpentent entre les sauvages Apennins de l'Abbruzze , pour aller déboucher dans la fertile Campanie. Le temple et la statue d'Apollon se trouvaient encore debout dans ce lieu de marché {Forum Casinum). Benoît, après avoir extirpé l'hérésie et réuni de nouveaux disciples, fonda sur la hauteur un monastère, dans lequel , non moins par l'exemple de ses actions que par la prudence de ses conseils, il mit sa règle à exécution. Cette législation , nouvelle dans les annales de l'humanité, qui agit plus longtemps et sur un plus grand nombre d'individus que beaucoup d'autres des âges anciens et modernes, ne saurait paraître indigne d'un examen attentif et sans passion. Démocratique dans toutes ses dispositions, elle soumet tout à l'élection. Tout moine peut s'élever au premier rang, et, pour que la naissance n'entraîne aucune distinction, on oublie jusqu'au nom de famille; l'égalité se maintient par la communauté des biens. Dans un temps oîj l'oisiveté était en honneur et le travail frappé de réprobation, Benoit imposait à sa république l'obligation de s'occuper : « L'oisiveté est l'ennemie de « l'àme, et les frères, par conséquent, doivent'partager les heures « de la journée entre des travaux manuels et des lectures « pieuses. Si la pauvreté du lieu, la nécessité ou la récolte des « fruits les tiennent constamment occupés , qu'ils ne s'en in- « quiètent point, car ils sont de véritables moines s'ils vivent « de leurs propres mains, comme firent les pères et les apôtres; « mais que tout se fasse avec mesure , par égard pour les « faibles. »
Les moines, se conformant à ces prescriptions , défrichèrent les terrains contigus à leurs monastères; or, comme la prospérité de l'ordre était l'objet d'une pensée commune et qui se transmettait à leurs successeurs, ils pouvaient accomplir des travaux auxquels ne sauraient suffire la vie et les moyens d'un propriétaire.
Le voyageur s'apercevait de la proximité d'un monastère quand il voyait des champs bien cultivés, des vignobles en-