SAINT BENOÎT
tretenus avec soin, des plantations d'arbres fruitiers , et des canaux d'irrigation disposés avec art. Leurs terres, qui, à l'exemption de tout impôt, joignaient l'avantage de n'être pas administrées par la cupidité privée, laissaient au laboureur une grande aisance; aussi regardait-on comme un privilège d'être admis au service d'un monastère. Quand ils déposèrent la pioche, ils prirent le style et les tablettes {graphium et tabulx], que la règle imposait à tous l'obligation d'avoir, copièrent des livres et nous conservèrent les classiques; en outre, ils construisirent des cloîtres magnifiques, qui devinrent l'asile des arts et de la littérature, et que notre siècle admire encore, après avoir oublié tous les services qu'ils rendirent au peuple.
L'abbé était choisi parles frères et parmi eux; mais, une fois élu, il acquérait un pouvoir absolu, bien qu'il fût obligé, dans les cas les plus graves, de consulter les frères, La vertu nouvelle introduite dans la société, par ce précepte de l'Évangile , Obéissez à vos chefs, fut poussée jusqu'à l'abnégation la plus complète. « Si une chose difQcile ou impossible est ordonnée à « un frère, qu'il reçoive le commandement avec douceur et do- « cilité. Si elle est entièrement au-dessus de ses forces , qu'il « expose ses raisons avec soumission, sans orgueil, sans résistance, « sans contradiction. Si, après sa remontrance, le prieur persiste, " que le disciple sache qu'il en doit être ainsi , et, se confiant « dans le Seigneur, qu'il obéisse. » (Gb. 68.)
Toute volonté individuelle était donc soumise à une seule, et le frère ne devait « avoir en son pouvoir ni son corps ni sa volonté » (€h. 3.3). L'abbé commandait, punissait, récompensait, terminait les différends, châtiait les récalcitrants, changeait les frères de lieu et de destination ; néanmoins ce n'était pas un tyran, puisqu'il se trouvait lié par les constitutions du monastère et par les coutumes que l'on consultait pour résoudre tous les doutes, et qui déterminaient les moindres détails de la vie : la manière de s'habiller, le momentde se raser ou de se laver, les jours où l'on pouvait assaisonner les fèves et autres légumes avec l'huile et la graisse, ou bien réjouir le repas frugal par une addition d'œufs, de poissons, de fruits. On intligeait aux frères qui manquaient a la règle l'admonestation d'abord, puis, en cas de récidive, la correction en public, ensuite l'excommunication, c'est-à-dire l'isolement dans le travail et ia prière; les plus obstinés étaient soumis au jeûne et même à des punitions corporelles, et, enfin, à l'expulsion.