SA RÈGLE
Le changement le plus notable introduit par Benoît dans la vie monastique, fat la perpétuité des vœux solennels. Or, pour les faire, il fallait connaître l'étendue des engagements que l'on contractait ; le noviciat, en conséquence, durait une année, pendant laquelle on lisait plusieurs fois la règle aux aspirants, pour s'assurer qu'ils auraient la volonté et la force de suffire aux obligations imposées; on les soumettait à des mortifications, à des épreuves pénibles, quelquefois même vaines et puériles, mais qui avaient pour but d'obtenir le triomphe de l'esprit sur la matière, et la liberté véritable, qui consiste à maîtriser les passions.
Le vêtement était celui de la contrée où se trouvait le couvent ; pour être prêts au premier coup de matines, les frères ne le quittaient pas même la nuit, excepté le couteau. Les moines étaient laïques, et Benoît lui-même ne reçut pas les ordres. « Si « quelque prêtre, dit-il, demande à entrer, qu'on n'accueille pas « facilement sa requête ; s'il persiste, qu'il soit tenu d'accom- « plir tous les devoirs de la discipline, sans aucune dispense. »
L'Italien, opprimé par les Lombards, pouvait se faire moine, et dès lors il s'élevait au-dessus de ses vainqueurs. 1! était donc tout naturel que cette société dans la société imposât dea conditions à quiconque voulait en faire partie, et la première devait être l'égalité : Bachis , roi des Lombards, et Garloman, roi des Francs, restaient confondus, sans nulle distinction, parmi les autres bénédictins ,
En somme, cette règle était un abrégé et une application du christianisme, des institutions des saints Pères , des conseils de perfectiou. Là se trouvaient réunis, a un degré emiuent, la sagesse et la simplicité, le courage et l'humilité , la liberté et l'indépendance, toutes ces vertus ayant pour bases le sacrifice, l'obéissance, le travail. Sous la sévérité générale de la règle se révèlent une modération, une douceur, un sens droit, qui suppléent aux défauts que les siècles les plus cultivés peuvent y découvrir. Côme de Médicis et d'autres législateurs avaient toujours à la main la règle de saint Benoit, où l'oeil exer> é retrouve les secrets de la véritable économie politique, où les besoins de l'âme sont harmonisés à tous les degrés avec l'activité nécessaire au corps (l).
(l)La règle de saint Benoit se compose de soixante-treize cliapitres, (IdiiI neuf sur les devoirs moraux et généraux, treize sur les devoirs religieux,