MONT-CASSIN. LES MOINES
Totila, traversant la Campanie durant la guerre, voulut voir Benoît, et, pour s'assurer s'il était réellement doué de l'esprit prophétique, il se mêla au cortège sans aucune marque distinctive ; mais le saint, marchant droit au barbare, lui reprocha ses actes de cruauté, lui prédit sa fin prochaine, et lui enjoignit de s'y préparer par des œuvres de pénitence et de réparation.
Ces faits et bien d'autres nous ont été transmis par des écrivains illustres, qui sortirent de l'ordre de Saint-Benoît, comme Grégoire le Grand à cette époque, Mabillon plus tard. Les beaux-arts , à leur renaissance , puis dans leur plus grand éclat, les reproduisirent et les perpétuèrent partout ; mais , dans aucun lieu , ils ne sont plus touchants qu'à Mont-Cassin , le berceau et l'asile le plus vénéré des bénédictins. L'aspect de château fort donné au couvent, qui fut plusieurs fois obligé de repousser les invasions, dont il ne put toujours préserver ses murailles ; l'étendue de ses riches domaines, attestée par des titres inscrits sur des débris d'antiquité réunis de toutes parts ; la magnificence de l'édifice, orné de tous les chefs-d'œuvre de la peinture et de la sculpture; le souvenir des doctes personnages qui, dans les siècles les plus sombres, y trouvèrent un asile ; l'abondante collection de documents et de livres, font un merveilleux contraste avec l'humilité de la cellule du saint et la pauvreté du tombeau dans lequel reposèrent ses os jusqu'au moment où ils furent troublés par la furie des Sarrasins. L'homme qui monte à l'abbaye, partagé entre l'admiration, la dévotion et la curiosité, peut y lire l'histoire entière de l'ordre, qui fut le plus important de tous ceux qui s'établirent dans la suite.
Bien que la règle de saint Benoît tendît à fortifier les âmes par la prière, le travail, la solitude, plutôt qu'à diriger l'esprit vers la science divine et l'apostolat, les papes trouvèrent dans l'abbaye les missionnaires les plus fervents, et la science, un asile ; ainsi les bénédictins eurent la triple gloire de convertir l'Europe au
vingt-neuf sur la discipline, les fautes, les peines, etc. ; dix siirl'adniinislialion intéiieiire , douze sur divers sujets, comme les voyages, l'iiospitaiiti^ , e(r,. Cette règle contient donc neuf cliapitres de code moral, treize de code religieux, vingt-neuf de code pt^nal, dix de politique.
Charlemagne, écrivant à Paul Diacre, qui s'était retiré à Mont-Cassin, ne cesse d'en louer les vertus et l'Iiospitalité :
flic olus hospitibus, piscis hic, panis abundans... Fax pia, mens liumilis, pulclira el concordia fralrum.