EXARCHAT DE RAVENNE
pales du Bas-Empire , ou plutôt par un gouvernement militaire , composé d'un empereur, de dues et d'écoles [scholœ). Cette ville conserva durant plusieurs siècles un usage insensé : le dimanche , vers la fin du jour, jeunes et vieux , même les enfants et les femmes , de toute condition , sortaient de la ville , et, partagés en écoles selon les quartiers, ils s'attaquaient à coups de pierres jusqu'à se blesser et se tuer. En 696, l'école de la porte Ligurienne défia celle de la poterne de Sommovico ; les premiers , restés maîtres du champ de bataille , poursuivirent à coups de pierres leurs rivaux, dont ils tuèrent un grand nombre, et, après avoir forcé la porte, ils traversèrent en triomphe le quartier vaincu . Les deux partis sortirent de nouveau le dimanche suivant, et le jeu se changea bientôt en une mêlée terrible , dans laquelle périrent beaucoup de combattants de la poterne, bien que la loi prescrivit de faire quartier à quiconque demanderait merci. Les habitants de la poterne conçoivent alors un projet d'atroce vengeance ; ils feignent une réconciliation , et chacun d'eux invite à dîner quelques Liguriens ; puis ils les égorgent à table , et jettent leurs cadavres dans les cloaques ou les ensevelissent. La ville entière frémit d'indignation et poussa des gémissements. L'archevêque Damien ordonna un jeûne de trois jours et une procession , où il se rendit lui-même avec son clergé et les moines , pieds nus , revêtus d'un sac et couverts de cendres ; les laïques suivaient, puis les femmes sans ornements , et les pauvres enfin , tous implorant à grands cris miséricorde. Après ces trois jours, on rechercha les cadavres , que l'on ensevelit; les meurtriers furent punis, leurs meubles brûblés , personne n'ayant voulu se les approprier, et l'on détruisit le quartier, qui porta depuis le nom infâme de quartier des Assassins (l).
Les rares documents que nous avons sur cette époque sont remplis des cruautés exercés par les exarques, et qui nous semblent d'autant plus atroces que nous ignorons les motifs de leur conduite. Ravenne fut plusieurs fois saccagée par leur ordre, et nommément en 710 , lorsque Justinien II fit enlever les nobles de la ville pour les transporter à Gonstantinople , où ils subirent une mort cruelle. Cet empereur épargna la vie de l'archevêque Félix, mais lui fit crever les yeux. Irrités de ces atrocités, les Ravennates
(t) ÀGNELLi, VitcV episc. Ravenn. Rer. Ital. Script., ii. Les combats à coups de pierres, suivis <le blessures et de mort, se sont continués à Rome, jusqu'à nos jours, entre les Montésiens et les Transtévérins ; Pie Vj (it d'inutiles efforts pour déraciner cette coutume.