‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 74 sur 365 · GREGOIRE II ET LÉON L ICONOCLASTE · texte numérisé non relu

GREGOIRE II ET LÉON L ICONOCLASTE

sujétion envers l'empire. Grégoire fut donc le premier de ces pontifes qui, dans les temps nouveaux, renouèrent les liens de la confédération italienne ; il réunit sous sa présidence religieuse les villes qui ne voulaient pas recevoir le joug lombard , ni supporter celui des Grecs.

Luitprand prolita de ces bouleversements, et, sous le prétexte de favoriser l'équité et la liberté de conscience, il assaillit et '^'^• occupa Ravenne (l), Bologne et laPentapole ; mais les Vénitiens, dont le pape a réclamé les secours contre les barbares, envoient le doge Orso, qui tombe sur le roi lombard, le bat, fait son neveu prisonnier, et délivre Ravenne, où il installe comme exarque l'eunuque Eutycbius envoyé de Constantinople. Luitprand avait espéré que l'offense récente aurait plus de pouvoir sur le pontife que le bien général de la Péninsule; trompé dans son attente , il s'irrite et conclut la paix avec Eutycbius, en lui promettant de l'aider contre les récalcitrants, à la condition qu'il lui prêtera secours contre les ducs de Spolète et de Bénévent soulevés en faveur de Rome. L'entreprise réussit, et les deux armées réunies s'avancent sur Rome pour la punir de torts opposés: les Grecs lui reprochent d'avoir désobéi à l'empereur; les Lombards, de lui être restée fidèle. Le pape, s' étant rendu au camp ennemi , fit entendre à Luitprand un langage si pieux que ce roi, qui d'ailleurs reconnaissait légalement la suprématie du pape (2), se jeta à ses pieds et lui promit de ne faire de mal à personne ; puis il se rendit avec le pontife dans la basilique du Vatican, où il déposa sur la châsse des saints Apôtres, à titre de don, son manteau royal, ses bracelets , son haubert, son poignard, son épée dorée, sa couronne d'or, sa croix d'argent.

L'empereur de Constantinople continua de molester le pape,

(1) Les habitants de Pavie croient que c'est alors que Luitprand apporta de Ravenne dans leur ville la statue de bronze représentant Antonin le Pieux, ou Marc-Auièle à ciieval, qu'on appelait le Regisole. En 1527, au siège de Pavie par les Français , le premier qui pénétra dans le château fut un Ravennate qui demanda en récompense qu'on rendit à Ravenne le Regisole. Lorsqu'il fut question de l 'emporter, les habitants s'en affligèrent plus que du sac de la ville, si bien que le général Lautrec obtint du Ravennate qu'il se désistât de sa demande moyennant une quantité d'or suffisante pour faire une couronne. Cette statue fut mise en morceaux parles républicains français en 1796.

(2) Deo teste, papa wbis Romas in omni mundo captif ecclesiarum Dei et sacerdotum est. (Lib. v, c. 4. )

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qui, blessé de sa conduite, lui écrivit pour lui reprocher son ifinorante présomption , et le menacer d'une révolte dans toute l'Italie: « Vous, empereur, vous, chef des chrétiens, pourquoi « n'avez-vous pas consulté des hommes de savoir et d'expé- « rience? Ils vous auraient appris que, si Dieu défendit d'ado- « rer les œuvres des hommes, ce fut à cause des idolâtres qui « habitaient la terre promise. L'ignorance seule a pu vous faire « croire que nous adorions des pierres, des murailles, des ta- « bleaux; nous le faisons uniquement pour rappeler ceux dont « ils portent le nom et la figure, et pour élever notre esprit en- « gourdi et grossier. A Dieu ne plaise que nous les tenions pour « des divinités, et que nous mettions notre confiance dans « ces images ; mais nous disons à celle de Notre-Seigneur : « Seigneur Jésus, secourez-nous et sauvez-nous ; à celle de sa « sainte Mère : Sainte Marie, priez votre Fils de sauver nos « âmes; s'il s'agit d'un martyr : Saint Etienne, qui avez ré' « pan du votre sang pour Jésus-Christ, et jouissez près de lui «« d'un£ si grande faveur, priez pour nou^. «

Le prêtre George, chargé de porter cette lettre à Léon , fut pris eu route par les soldats impériaux , qui l'envoyèrent en prison après lui avoir enlevé sa dépêche. L'Isaurien répondit : «« J'enverrai à Rome briser l'image de saint Pierre, et je trai- <» terai le pape Grégoire comme Constant traita le pape Martin, « en l'emmenant chargé de fers. » Grégoire répliqua : « Les « pontifes sout les médiateurs et les arbitres de la paix entre « l'Orient et l'Occident, et vos menaces ne nous effrayent point. « A quelques milles de Kome, nous sommes en sûreté. Les yeux « des nations sont fixés sur notre humilité, et ces nations vé- « uèreiit ici-bas comme un Dieu l'apôtre saint Pierre, dont vous « menacez de briser la figure. Les royaumes les plus éloignés « d'Occident rendent hommage au Christ et à son vicaire ; « vous seul, vous êtes sourd à leurs voix. Si vous persistez, le » sang qui sera versé retombera sur vous. >■

Le pontife sentait donc qu'il trouverait dans les peuples nouveaux un appui contre l'oppression du monde ancien ; ayant appris qu'on lui tendait des embûches, il s'entoura d'une garde et fit avertir les Italiens de ce qui se passait. Les peuples de la Pentapole et les Vénitiens se déclarèrent pour le culte de leurs aïeux, et s'affranchirent de toute dépendance envers Constantinople; les Lombards s'opposèrent à l'exarque de Raveune, qui dirigeait une armée contre Rome.

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