GRÉGOIRE
Grégoire TIF ne montra pas moins de fermeté que son prédécesseur ; il ne demanda point la confirmation à l'exarque, repoussa les édits qui proscrivaient les images, exhorta l'empereur à les rapporter, et, sur son refus, recourut à ses armes ordinaires, en réunissant quatre-vingt-treize évêques d'Italie, qui prononcèrent anathème contre quiconque les détruirait, les profanerait ou les blasphémerait. Léon, à cette nouvelle , devint furieux; mais, comme alors 11 ne pouvait rien contre la vie des Italiens rebelles, il eut recours à des mesures qui nuisirent à leurs moyens de subsistance : il accrut d'un tiers le tribut et la capitation en Sicile et en Calabre, et saisit les biens que le saint-siége y possédait depuis très-longtemps. Il enleva les églises de ^^aples, de la Calabre, de la Sicile et de Tlllyrie au métropolitain de Rome, pour les soumettre à celui de Constantinople; puis il dirigea vers l'Italie une grosse flotte, qui fut dispersée dans le golfe Adriatique par une violente tempête. Les navires écliappés au naufrage abordèrent à Ravenne, qui était menacée du pillage; mais le peuple, averti des intentions de l'ennemi, courut aux armes et repoussa les Grecs, dont il coula les bâtiments. Ravenne, pendant longtemps, célébra cette victoire par des fêtes.
Le pape, échappé à ce danger, retomba bientôt dans un autre, que lui suscita Luitprand. Trasimond, duc de Spolète, que le roi lombard avait soumis naguère, se souleva de nouveau, et Luitprand dut marcher contre lui. Trasimond s'enfuit à Rome, et le roi demanda son extradition ; mais Grégoire, le patrice Etienne et l'armée romaine refusèrent de le livrer. Luitprand, accompagné d'Hildebrand, qu'on lui avait donné pour collègue pendant ^^q une maladie, pénétra sur le territoire romain (1), et prit Amélia,
(1) Bologne conserve le souvenir d'un vase de marbre, placé par Luitprand et Hildebrand dans l'église de Sainl-Étienne pour être rempli lejeudi saint. L'inscription porte, selon Malvasia, Mann. Fels., sect. iv, ch. 10 :
»J< VMILIBVS VOTA SVSCIPE DOMINE DOMXORVM NOSTROKVM LIVTPRANTE ILPRANTE REGIBVS ET DOMNI BARBVTU EPISC SANCTE EfCLESIE BONONIENSIS lUC IN ONOREM RELIGIOSI SVA PRECEPT.V OBTVLERVNT VNDE HVNC VAS IMPLEATUR IN CENAM DOMIM SALVATORIS ET SI QVA MVNERA CVISQVAM MINVERIT DEVS REQVIRET>i<.
120 LES FRANCS. CHAULES MAUTEL.
Orta, Bomazo et Bléda, puis se retira. Trasimond, avec l'aide des Bénéventins et des Bomains, revint alors à Spolète, et Luitprand envahit de nouveau le duché romain. A Riraini, une partie de son armée fut passée au fil de Tépée, et les naturels l'assaillirent avec vigueur entre Fano et Fossombrone; malgré ces revers, il s'avança sur Rome. Grégoire, voyant qu'il ne pouvait être sauvé par ses propres forces, et qu'il n'avait rien à attendre des Grecs, résolut de s'adresser à un prince barbare.
De même que les Lombards avaient occupé la Gaule Cisalpine , ainsi les Francs s'étaient établis dans la Gaule Transalpine ; Clovis, leur roi, fut le premier des barbares qui, par le baptême, acceptât les croyances catholiques et la soumission aux papes, dont il reçut pour lui et ses successeurs le titre de trèschrétien. Nous avons vu combien ils furent de redoutables voisins pour les Lombards, dont ils exigèrent longtemps un tribut; mais ils perdirent leur vigueur primitive, et leurs rois, devenus fainéants^ abandonnèrent l'autorité aux maires du palais. Cette dignité fut pourtant ambitionnée, et Pépin d'Héristal la rendit héréditaire dans sa famille , ne laissant aux rois que le titre et le faste. Charles, son fils, acquit le surnom de }lartel pour sa valeur guerrière, déployée surtout contre les musulmans, qui, après avoir occupé l'Espagne , avaient traversé les Pyrénées et menaçaient la France; comme on pouvait craindre que Mahomet ne prévalût sur le Christ en Europe même, le pontife avait envoyé à Charles trois éponges qui servaient à nettoyer la table eucharistique, afin de l'encourager à combattre ces ennemis de la foi et de notre civilisation. Le héros les vainquit plusieurs fois d'abord, puis, d'une manière décisive, à Poitiers; le pape lui envoya des présents et le titre de patrice romain. Luitprand rechercha son alliance, et Charles lui envoya son fils Pépin pour qu'il l'adoptât comme fils d'honneur ; le roi lombard lui coupa les cheveux et le renvoya avec de riches présents (t).
Il était naturel que le pape , menacé par les Lombards, tournât les regards vers celui que l'Europe proclamait le vainqueur des fils d'Âgar, le sauveur de la chrétienté; il lui adressa donc une lettre ainsi conçue. « Grégoire à son très-excellent « fils le seigneur Charles, vice-roi (swôrejfw/z^s) de France.
(1) Paul Diacre, liv. vi, cli. 53.