‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 76 sur 365 · LE PAPE LUI ÉCRIT · texte numérisé non relu

LE PAPE LUI ÉCRIT

« Nous gémissons dans une extrême affliction, en voyant " l'Église abandonnée de ceux de ses fils qui devraient se consa- « crer à sa défense. Le petit territoire de Ravenne, qui nous « restait seul l'année dernière pour subvenir à l'entretien des « pauvres et à l'illumination de l'église, a été pillé et livré aux « flammes par Luitprand et Hildebrand, rois des Lombards. Ils « ont détruit les domaines de saint Pierre, enlevé le bétail qui « restait, ravagé même les environs de Rome.

« Nous n'avons reçu de toi, très-excellent fils, jusqu'à présent, « de consolations d'aucune sorte, et nous savons que, au lieu de « songer à remédier à ces maux, tu crois plus aux paroles des « princes qui en sont la cause qu'à la vérité que nous t'expo- « sons. Nous prions le Très Haut de ne pas te punir d'un tel « péché, mais puisses-tu entendre les railleries de ceux qui nous « disent : « Où est ce Charles dont tu as imploré la protec- « tion ? Qu'il vienne , et qu'avec ses redoutables Francs il te « snuve de nos mains. Quelle douleur nous saisit en enten- « dant ces reproches, et lorsque nous voyons des fils si puis- « sants de l'Eglise ne pas remuer le doigt pour la défendre et la « venger de ses ennemis 1 Le prince des apôtres, armé de « sa puissance, pourrait bien la protéger; mais, dans ces « temps désastreux, il veut éprouver le cœur de ses flis. N'a- « joute donc pas foi à ces rois lorsqu'ils accusent les ducs de « Spolète et de Bénévent ; leur unique faute est de n'avoir pas « voulu, l'année dernière, nous attaquer contre la foi jurée. Du « reste , ils obéissent entièrement aux rois , et cependant on « veut les priver de leur rang, les renvoyer en exil, pour sub- « juguer l'Église sans obstacles et la rendre esclave.

« Envoie-nous un de tes fidèles , incorruptible aux présents, « aux menaces , aux promesses , qui voie de ses propres yeux « nos persécutions , l'avilissement de l'Église, les larmes des « pèlerins, la ruine de notre peuple, et qui te renseigne exacte- « ment.

« Nous t'exhortons 3 par le jugement de Dieu et pour le salut « de ton âme, à secourir l'Église de saint Pierre et son peuple, « et à éloigner ces rois perfides. Par le Dieu vivant et par les « clefs de la confession de saint Pierre, que je t'envoie en signe « de domination (l), hâte-toi de nous venir en aide , fais éclater

(1) Adregnum pourrait vouloir dire, pour l'acquisition du royaume céleste; d'autres lisent ad rogum, c'est-à-dire en signe de supplication.

122 FIN DÉ LUITMAND.

« ta foi , et accrois de la sorte la renommée dont tu jouis dans le « monde, afin que le Seigneur t'écoiite aussi dans l'affliction, que « le nom du Dieu de Jacob te protège, et que nous puissions en « paix prier jour et nuit l'Éternel, pour toi et pour ton peuple, « sur le tombeau des saints Pierre et Paul. »

On peut supposer que le porteur de cette lettre avait reçu des instructions verbales , à l'effet de s'entendre avec Charles pour faire passer de l'Empire à ce prince la souveraineté de Rome; mais rien ne vient appuyer cette hypothèse. Le pape dut même renouveler ses instances auprès de Charles, qui finit par envoyer des ambassadeurs à Luitprand; mais, tandis que l'on négociait, le maire du palais, l'empereur et le pape moururent tous les trois. 741. Zacharie, qui fut élevé au saint-siége, se rendit lui-même à

Terni, et sut, à force de douceur et de bonté, amener le roi lombard à promettre la restitution des villes romaines qu'il avait prises. Trasimond, duc de Spolète, se voyant abandonné par les Romains, se livra lui-même à Luitprand, qui se contenta de l'enfermer dans un couvent. Grégoire, duc de Bénévent, fut massacré par le peuple soulevé, au moment où il cherchait à s'enfuir en Grèce. Luitprand conféra ces duchés à deux de ses parents; puis, au mépris de ses promesses, il retint toutes les villes de la Romagne dont il s'était emparé; le pape enfin, dans une nouvelle visite, obtint qu'il les donnât au saint-siége. Restait l'exarchat, et Luitprand l'envahit. Eutychius n'eut d'autre moyen, pour échapper au danger, que de recourir à l'intervention du pape , qui se rendit à Pavie , où il persuada à Luitprand de suspendre les hostilités.

Les Romains, quelque temps après , respiraient par la mort de Luitprand, dontPaul Diacre (qui termineson histoire à ce prince) fait un éloge pompeux : doué d'un bon jugement, il était sagace dans le conseil , tres-pieux, ami de la paix, puissant à la guerre, clément envers les coupables, chaste, beau parleur, libéral, ignorant les belles- lettres , et pourtant comparable aux philosophes. Nous savons qu'il joignit un monastère à la basilique de Pavie de Saint-Pierre-au-Ciel-d'or, où il fit transporter le corps de saint Augustin, enlevé aux musulmans qui avaient envahi l'Afrique et la Sardaigne. Dans les Alpes du Parmesan, il fonda le monastère de Saint-Abonde et Berceto ; à Cartéolona, une église de saint Anastase ; à Pavie, dans son propre palais, une chapelle à saint Pierre, où des prêtres célébraient tous les jours les offices divins. Les lois qu'il a publiées attestent que les Lombards

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