ASTOLPHE
les possessions restées à l'empire furent réduites aux deux thèmes ou districts de Sicile et de Calabre. Les ducs de Naples, de Gaëte, de Bari et d'autres villes , agirent désormais avec une entière indépendance, sous la suzeraineté nominale du stratège de Sicile.
La possession de l'exarchat parut à Astolphe un motif suffisaut pour s'approprier toutes ses dépendances et Rome elle-même; il enjoignit donc au sénat et au peuple romain de reconnaître son autorité comme ils avaient toujours reconnu celle du maître de Ravenne, sommation qu'il appuya d'une armée nombreuse. Le nouveau pape, Etienne II, l'amena , à force de présents et de prières, à consentir à une paix de quarante ans; mais quatre mois s'étaient à peine écoulés qu'Astolphe la rompit , en imposant aux Romains un tribut annuel, jusqu'au moment où il lui plairait de réunir ce duché à son royaume. Le pape eut d'abord recours à des actes de dévotion , et conduisit dans Rome une procession, où lui-même, les peids nus, portait une de ces images du Christ çiM rC étaient point faites de main d'homme. Le peuple, couvert de cendres , suivait en gémissant une croix à laquelle était suspendu le traité de paix violé par les Lombards.
Etienne envoya ensuite l'abbé du mont Cassin et d'autres prêtres vers Astolphe, pour le ramener à de meilleures dispositions; mais ce prince les traita avec dédain , et leur enjoignit de rentrer dans leur couvent, sans même revoir le pape. L'empereur Constantin Copronyme, qui, dans son entêtement à abolir les images, n'avait cessé de molester le pontife , par les bons offices duquel son autorité s'était conservée en Italie , se contenta d'envoyer le silenciaire Jean avec des lettres. Le pape fit conduire l'envoyé à Ravenne par son propre frère, qu'il chargea d'adresser de nouvelles prières à Astolphe pour qu'il restituât l'exarchat aux Grecs; mais, loin de céder, il accrut ses armements, redoubla de menaces, et, frémissant comme un lion, il assurait qu'il passerait tous les Romains au fil de l'épée , s'ils ne se soumettaient pas à son autorité (l). Etienne écrivit de nouveau à l'empereur pour l'inviter à venir défendre l'Italie, comme il l'avait souvent promis (2) ; mais, au lieu de songer aux musulmans et aux Lombards,
(i) Fremens ut leo, pestiferas minas Romanis dirigere non desinebat, asserens omnes uno (jladio jugulari, nisi suée sese subderent ditioni. ( Anastas. BiBL., Yita Slephani II. )
(2) Deprecans imperialem clementiam, ut, juxta id qiiod ei ssepius scripserat, cum exercïtu ad tuendas has Italisc partes modis omnibus