‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 80 sur 365 · DONATION DE PÉPIN · texte numérisé non relu

DONATION DE PÉPIN

maine, à l'Église et à saint Pierre, c'est-à-dire au pontife, qui fut rétabli dans Rome.

Telle fut l'origine de la domination temporelle des papes, qui, bien que les chefs de l'Eglise, n'avaient eu jusqu'alors aucune souveraineté , leur royaume étant ailleurs que sur la terre. La donation faite par Constantin le Grand au pape Sylvestre est une invention de date postérieure ; mais il est certain que les papes avaient d'immenses possessions. Au temps de Grégoire le Grand, ils comptaient vingt-trois patrimoines en Italie , dans les iles de la Méditerranée, en Illyrie, en Dalmatie, en Germanie et dans les Gaules ; il suffit de citer les vastes domaines des Alpes Cottieunes, qui embrassaient, dit-on, Gènes et la Rivière du Ponant. Les pontifes avaient dans ces propriétés , selon le droit romain , juridiction sur les colons , et , par conséquent , des magistrats, des tribunaux d'appel, des prisons. Ailleurs même, au milieu de l'insouciance des empereurs, placés si loin, ils exerçaient quelques droits de souveraineté , et Rome leur conférait, comme premiers citoyens, certaines prérogatives. Néanmoins ce ne fut que par la donation de Pépin que les papes prirent rang parmi les princes de la terre ; or, comme cette donation est la base de la domination la plus durable d'Italie, et qu'elle joua un grand rôle dans ses destinées futures , elle dut naturellement attirer l'attention des historiens et des publicistes.

L'acte de donation de Pépin , tel que nous l'avons , paraît falsifié ; les chroniqueurs , pourtant, n'élèvent aucun doute sur le fait, attesté d'ailleurs par une série de confirmations postérieures. Cette donation embrassait Ravenne , Rimiui , Pesaro , Césèue , Fano, Sinigaglia, Jesi, Forlimpopoli, Forli avec le château Sussubio, Montefeltro, Acceragio, Monlucati, Serra, Castel-san- Mariano (peut-être Saint-Marin), Robbio (qu'il ne faut pas confondre avec celui de laLigurie), Urbin,Cagli, Luculi, Agobio, Comacchio; il faut y ajouter Narni , que les ducs de Spolète, depuis longtemps, avaient enlevé au duché romain. Léon d'Ostie (1) y comprend môme tout le territoire qui s'étend de Luni au

(1) Chron. Cassin., liv. I, ch. 8. Voir aussi Anastase Bibl.; — Cenni, Monumenta dominalionis pont'ificix ; Rome, 1761, '}. vol. Ce sont des lettres que les papes, depuis Grégoire III jusqu'à Adrien, adressèrent à Ciiaries Martel, Pépin, Carlonian, Cliarlemagnc ; — Obsi, DelVOriglne délia sovranllà dé' romani ponlejki; Rome, i78i); — et, dans un sens contraire, Ppistri;, Gcsch. der Deutsclien; tome I, p. 409; — Spittleiî, Slaatgeschischle, tome IF, p. 86; — Sismondi, Hist, des Rép. ital., tomo 2; etc,etc.

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district Suriano avec la Corse , à Monte-Bardone , puis à Berceto, enfin Parme, Reggio, Mautoue, Monselice, la Vénétie et ristrie, et les duchés de Spolète et de Bénévent. C'est là une évidente exagération, une assertion sans preuves; d'autres, au contraire, ont prétendu que la donation n'emportait que le domaine utile des biens compris dans cet acte, mais non la souveraineté, que Pépin s'était réservée pour lui et ses successeurs; ou bien que la souveraineté, dans tous les cas , ne s'appliquait qu'au domaine utile. Comment pourrait-il en être ainsi, puisque les Lombards et l'archevêque de Ravenne, après leur rupture avec le pape, lui enlevèrent la juridiction et non les domaines? Nous voyons, en outre , les papes envoyer des juges et des fonctionnaires dans les villes données , et dire notre ville de Rome , notre peuple romain (l ) ; car ils reconnaissent qu'on les a substitués à l'ancien exarque, et qu'ils agissent en son lieu et place. D'ailleurs, on pourrait démontrer que les papes , avant la donation de Pépin , exerçaient leur juridiction dans plusieurs des pays concérlés , non par usurpation, mais par le consentement du peuple, auquel Pépin rendait hommage en qualifiant de restitution le don qu'il faisait à l'Église (2).

(1) ISam e( judices ad facievdas jiisticias... in eadem Havennatium urbe résidentes, ab hac romana itrbe dixerit, PhiUppum presbylerum , simulqiie et Eustachium quondam ducem . Cod. Carol. n" 54, voir aussi les n°* 54, 75, elc. — Lorsque Cliailemagne, eu 784, voulut prendre à Ravenne quelques colonnes, il eut besoin d'une aulorisation du pape. Voir dans Fantuzzi, Monum. Ravennati, les diplômes du vol. V, surtout le 17 et le 18; — Samgny, Hist. du droit rom., cli. v, § 110; — Leo, Gesch. von Italien vol. 1, p. 137-189; — Cenni, op. cit. i, p. 63; — Orsi, eh. viii; — Phiupps, Deutsche Geschichte, ni, $ 47; — Gosselin, Potivoir des papes, Paris, 1845, p. 240 et suiv.

Plus tard, le pape Adrien écrivait à Cliarlernagne : « Les ducs de Spolète, « de Bénévent, du Frioul, de Clusium, ont formé contre nous le dangereux «c projet de s'unir aux Grecs et à Adelchis, lils de Didier, pour nous combattre « par nier et par terre, dans le but de s'emparer de notre ville de Rome, et « de rétablir le royaume lombard. Nous vous conjurons, en conséquence, « de venir le plus tôt possible à notre secours, puisque c'est à vous, après Dieu, « que nous avons conlié la défense delà sainle Église, de notrepeuple romain K et delà république romaine ». Cod. Carol., ep. 57.

(2) Longobardorum rex... Zachariœ prxdictas quatuor civitates redonavtt... ipsi B. Peiro reconcessit. Et Élienneà Astolphe: Petivil u( dominicas quas abstulerat redderet oves, et propria propriis restilueret. Pépin envoya des messagers à Astolphe : Sanclx Ecctesix ac reipubtka; restituenda jura... ut propria restttueret propriis. Celui-ci promit illico reddilurum civifatcm Ravennatium cum uliis diversis civitutibus. Anas-

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