‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 82 sur 365 · LE ROI DIDIER · texte numérisé non relu

LE ROI DIDIER

la Pentapole , où ils choisirent les otages parmi les principaux habitants; puis, s'étant rendus à Rome, ils déposèrent sur le tombeau de saint Pierre les clefs des villes et la donation de Pépin , qui vint les rejoindre et fut reçu comme un libérateur. Des ambassadeurs envoyés de Constantinople lui demandèrent , moyennant le remboursement des frais de la guerre, la restitution des terres qui avaient appartenu aux Grecs ; mais il répondit qu'il n'avait pas combattu pour le compte de l'empereur, et qu'il pouvait disposer de ces domaines comme d'une conquête légitime. Pépin reprit aussitôt le chemin de la France , soit afin de ne pas augmenter la défiance des Grecs par son voisinage , soit à cause de l'impatience de ses leudes, dont le service militaire était peutêtre expiré. Il faut donc tenir compte de ces circonstances , avant de louer la générosité de Pépin , ou de critiquer la bonhomie avec laquelle il laissa subsister les vaincus , au lieu d'établir parmi eux ses lois et sa domination.

Astolphe n'avait pas encore exécuté le traité, quand il mourut d'une chute de cheval : loué comme un des meilleurs rois lombards , il vénéra les reliques , dont il fit transporter un grand nombre de la Romagne à Pavie; il bâtit des églises , des oratoires, et se montra généreux envers les moines, dans les bras desquels il expira. Le pontife , néanmoins , se réjouissait de sa mort comme de celle d'un persécuteur (i).

Son père, Rachis, sortit du cloître pour briguer de nouveau la couronne, et se mit à la tête d'une armée ; mais le suffrage d'autres guerriers lui préféra Didier, duc d'istrie (2), qui, pour écarter son concurrent, demanda l'appui du pape, en lui promettant,

(1) « Ce tyran, suppôt de satan , Astolphe, dcvorateur du sang des chré- « tiens, destructeur des églises de Dieu, frappé d'un coup divin, a été en- « glouti dans le gouffre de l'enfer... Maintenant, par la providence de Dien, « par la main du bienlieureux Pierre et par ton bras très-fort... Didier, « homme très-doux, a été ordonné roi des Lombards». Lettre à Pépin.

L'anonyme de Salerne dit qu'Astolphe fuit audax et ferox, et ablata mulla sanctorum corpora ex romanis finilms in Papiam detidit : construxit etiam oracula (oratoires) ibiet monasterium virginum, et stias filias dedicavit. Idemque etiam fecit monasterium in finibus jErnilix ubi dicitur Mutina... Ad sacra monachorum cœnobia sedificanda per certas provincias multa estdona largitus. Valde dilexit monachos , et in eorum est mortuus manibus. (Rer. it. Script, part, ii, t. u. )

('f) De Brescia, selon Malvezzi, C//roH. Brix. Rer. it. Script, vol. xvi. A l'appui de cette opinion , on peut dire qu'il fonda des monastères à Leno et celui de Sainte-Julie à Brescia, qu'il dota richement, et dont fut abbesse sa fille Ansilberge, qui acheta également des biens dans le duché de Brescia.

13 i J-li UOI l'IDIEH.

non-seulemeut d'exécuter les promesses d'Astolphe, avec une fidélité invariable, mais encore d'ajouter à la donation primitive Faénza , Iraola avec le château Tibérien , Gavello et le duché de Ferrare. Dès que Fuldrad et le comte eurent obtenu, sous serment, la garantie de cette offre , il fut intimé à Rachis, en vertu de l'obéissance monacale, de retourner dans sa pieuse retraite, et l'on signifia aux Lombards que l'armée romaine et franque 757. soutiendrait au besoin les droits de Didier, qui fut ainsi reconnu roi.

Etienne II mourut dans la même année. Paul , son frère et son successeur, promit à Pépin amitié et fidélité, et somma Didier de tenir sa parole, mais en vain. Ce roi avait usé de ruse; à peine assuré de la Couronne , il reprit , à l'exemple de ses prédécesseurs, le projet de soumettre toute l'Italie. Il rassembla donc une armée nombreuse ; puis , encouragé par l'éloignement de Pépin qu'il savait occupé par une guerre sanglante avec les Saxons, il dévasta la Pentapole,et remplaça par deux seigneurs dévoués Luitprand etAlboin, ducs de Bénévent et de Spolète, qui avaient prêté hommage au roi franc. A INaples, il s'entendit avec un secrétaire grec, pour que l'empereur envoyât une puissante armée, à laquelle il devait joindre ses forces, afin de recouvrer Ravenne, et une flotte destinée à prendre Otrante^ où Luitprand résistait encore.

Le pape ne tarda point à rendre compte de ce qui se passait à Pépin, iwiweau Moïse , nouveau D(wid. Ce prince envoya des ambassadeurs, qui renouvelèrent la paix aux conditions imposées à Astolphe; aussi, la flotte grecque s'étant présentée alors devant Ravenne pour recouvrer cette ville , les Romains et les Lombards se réunirent pour la repousser. Malgré cette harmonie apparente, Didier ne voulut jamais restituer les villes occupées , quelques plaintes que fit entendre le pape; bien plus, il favorisait le schisme de l'archevêque de Ravenne, adversaire de l'Eglise romaine. La guerre semblait donc inévitable; mais elle fut retardée par la mort simultanée du pontife et de Pépin.

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