CHAPITRE LXVITI
FIN nu ROYAUME LOMBARD. RENOUVELLEMENT DE l'EMPIRE B'oCCIDENT.
Pépin, en mourant, partagea le royaume entre ses deux fils, que le pape avait oints à Saint-Denis. Charles, mûri dans les camps et l'administration, avait une taille élevée, un aspect majestueux et une vigueur à l'épreuve de toute espèce de fatigues ; d'une conversation vive, impassible dans les revers comme dans les succès, persévérant dans ses résolutions, il était plein de respect pour la religion, ami des sciences et versé dans toutes les connaissances de son temps; peut-être faut-il attribuer à son caractère personnel plus qu'à d'autres causes l'influence qu'il exerça sur ses contemporains, dont il reçut le surnom de Grand, que la postérité a confirmé.
Carloman, au contraire, irrésolu et soupçonneux comme tous les hommes médiocres, se laissait gouverner par son entourage; quelques-uns de ses courtisans, achetés par le roi des Lombards, l'excitaient contre son frère, au point qu'il machina sa perte. Carloman mourut bientôt, laissant deux fils en bas âge ; or, 771 comme selon le droit germanique, les peuples ne constituaient pas une propriété transmissible par héritage, tandis que la dignité royale était considérée comme une magistrature librement confiée par le suffrage commun, les vassaux du roi défunt lui donnèrent pour successeur Charles (1), qui se trouva ainsi à la tète de l'État le plus puissant. Alors il commença une série de guerres et d'institutions qui le placèrent au rang le plus élevé dans l'histoire du moyen âge,
(1) « Les écrivains français glissent légèrement sur cette action de Charles, comme si c'était la moindre des clioses que d'avoir nsurpé sur ses neveux un royaume qui, par toutes les lois divines et humaines, leur appartenait. » MuRATORi, ad ann. 771. Nous ne connaissons point de loi divine qui oblige à donner aux fds le royaume du père; s'il existait une loi humaine, l'historien devait la citer; mais nous n'en avons jamais entendu parler, ni d'autres non plus. Nous voyons, au contraire, le droit d'élire le roi toujours maintenu parmi les Germains. Il est partout d'usage d'introduire ici les mots d'usurpation et d'hérédité qui expriment des idées tout à fait modernes. Charles, dit Sismondi , avec autant d'avidité et d'injtistice qu'aurait pu faire aucun de ses prédécesseurs, dépouilla sa femme et ses fils de leurs héritages, les força à s'enfuir en Italie, etc.