ETIENNE II
Didier, roi des Lombards, avait espéré, à la mort de Pépin, pouvoir réparer les pertes qu'il avait essuyées sous ce monarque ; mais, comme les premières expéditions de Charles lui apprirent qu'ii avait hérité de la vigueur et de l'habileté de son père, il songea à s'en rapprocher. Il lui fit donc offrir la main de sa fille Désirée ou Hermengarde, et lui demanda celle de sa sœur Gisèle pour son fils et collègue Adelchis. Le pape voyait avec déplaisir un arrangement qui pouvait compromettre les intérêts temporels du saint-siége et de l'Italie; il écrivit donc à Charles en termes violents, pour qu'il ne donnât point à ses sujets et au monde le scandale d'un second mariage et de la répudiation d'Imiltrude, noble franque, pour s'unir avec une autre femme d'une race coupable, exécrée de Dieu et rongée delà lèpre ; il l'exhortait à ne pas donner à un Lombard, qui ne régnait que par sa faveur, la sœur qu'il avait refusée à l'empereur grec.
Berthe, mère de Charles, qui appréciait ce mariage, non au point de vue politique, mais selon son cœur , se rendit ellemême en Italie pour le conclure; à Rome peut-être, elle eut une entrevue avec le pape, à qui elle promit de lui faire céder 770. par Didier quelques-unes des terres dont il l'avait dépouillé. Bien qu'on ignore si le mariage de Gisèle et d'Adelchis s'effectua, Berthe emmena Hermengarde au delà des Alpes : infortunée jeune fille qui expia dans les douleurs et l'humiliation le plaisir d'avoir partagé quelques jours la couche du grand roi.
Depuis que la domination des empereurs et les magistratures grecques avaient cessé dans la Romagne, le système municipal prenait tous les jours plus de consistance. Les familles principales avaient acquis beaucoup d'influence sur les autres classes par les charges, par la richesse, par la force ; elles disposaient de l'élection des consuls, qui avaient succédé aux décurions, et souvent de celle des prélats. Bien plus, elles prétendaient intervenir dans la nomination des papes ; depuis que les successeurs de saint Pierre étaient devenus des princes, le trône pontifical excitait l'ambition, et ces familles recouraient à la violence pour l'occuper, ygy Après la mort de Paul, successeur d'Etienne II, Toton, duc
de Népi, et ses trois frères réunirent leurs bandes armées [scJiolx)^ et firent proclamer de force l'un d'eux, nommé Constantin, qui était encore laïque ; ils contraignirent George, évèque de Palestrine, à lui donner les ordres, l'installèrent au Vatican et lui firent jurer fidélité par le peuple romain. L'intrus rechercha l'amitié de Pépin qui vivait encore; mais, occupé des guerres d'Aqui-