‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 85 sur 365 · ETIENNE III · texte numérisé non relu

ETIENNE III

taine, il ne put songer à l'Italie. Les Romains supportaient avec impatience le nouveau chef imposé à la chrétienté ; le primicier Christophe et son fils Sergius, dignitaire de l'Église, s'enfuirent, sous prétexte de se faire moines, chez les Lombards de la basse Italie, dont ils réclamèrent les secours pour renverser Constantin.

Théodice,ducde Spolète, saisit l'occasion, et, du consentement de Didier, il envoya une troupe de soldats sous la conduite d'un certain Valdipert, qui s'était engagé à livrer la ville à ses compatriotes. En effet, Rome fut prise; le duc Toton, accouru pour repousser l'attaque, périt, et Possivus, un autre de ses frères, fut fait prisonnier avec le pape. Au milieu du désordre de l'invasion étrangère, Valdipert entraine un prêtre d'un monastère, et se met à crier : « Vive le pape Philippe! c'est saint Pierre qui Ta élu. »

Le primicier Christophe, se défiant des intentions des Lombards, qu'il avait si imprudemment appelés , excita un grand nombre de Romains contre le nouveau pontife ; on le déposa donc comme illégalement élu, et le Sicilien Etienne III fut nommé selon les formes canoniques. Un concile assemblé dans la basilique de Saint-Jean de Latran prononça la déchéance de Constantin, qui, privé de la vue, se présenta devant les Pères réunis, implorant leur pitié et confessant sa faute. Il fut néanmoins battu de verges, condamné à faire pénitence durant toute sa vie, et l'on abrogea les actes de son pontificat. Le concile décida, en outre , que jamais aucun séculier ne serait nommé évéque ou pape, et que nul individu, laïque ou militaire, n'assisterait aux élections; que personne même, tant qu'elles dureraient, n'aurait le droit devenir à Rome des châteaux forts de Toscane et de Calabre, ni d'y porter des armes ou des bâtons. Valdipert, convaincu de trahison, eut aussi les yeux crevés.

Christophe et Sergius furent envoyés à Didier par le pape, pour réclamer les biens et les revenus appartenant au saiutsiége(l); Didier les berça de belles paroles, et leur promit d'aller en personne arranger le différend. Mais, dans l'intervalle, il gagna le camérier Paul Axarte, qui, par des insinuations perfides, les perdit dans l'esprit du pape.

(1) Pro exigendis a rege Deslderio justiliis beati Pétri. (Anastase Bibl., Vita Sieph. III, page 178.)

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Ces deuxfrèi'es paraissent lesinstigateurs d'une politique, peutêtre imprudente dans les moyens, inquiète ou sans but déterminé, mais à coup sûr hostile à la domination lombarde. Prévenus du danger qui menaçait la patrie bien plus que leurs personnes, ils poussèrent le cri d'alarme et mirent la ville en état de défense; Didier trouva donc, lorsqu'il parut près des sept collines, une résistance à laquelle il ne s^attendait pas. Recourant alors à la ruse, il invita le pape à se rendre dans son camp , afin de s'entendre avec lui sur les droits et les biens qu'il devait restituer à l'Église; mais, lorsqu'il fut hors des murs, Axarte souleva Rome contre Christophe et Sergius, et le sang aurait coulé si le pape n'était pas revenu pour calmer les esprits.

Didier, toujours déloyal, invita le pontife à une nouvelle conférence dans Saint-Pierre, qui se trouvait alors en dehors des murs ; lorsque le pape fut arrivé, il fit fermer les portes, le retint prisonnier, et l'obligea d'envoyer l'ordre aux deux frères de déposer les armes et de venir le joindre ou de se retirer dans un couvent. Christophe et Sergius voulaient se défendre par les armes; mais, abandonnés de leurs partisans, ils allèrent trouver le pape, qui, rendu à la liberté, les laissa dans l'église afin que, la nuit venue, ils pussent rentrer dans Rome sans danger ; mais Didier, violant la sainteté de l'asile, les en arracha et leur fit crever les yeux (l).

Satisfait de s'être vengé de ses deux ennemis, Didier s'en retourna sans avoir rien restitué. Le pontife était d'autant plus découragé qu'il ne pouvait compter sur le roi franc, gendre du roi lombard ; mais les deux monarques ne tardèrent point à

(1) Le fait est exposé diffcremment dans une lettre tl'Élienne III à Berllie ( Cenni, I, 267 ). « Le détestable Cluistophe , y est-il dit , et son méchant (ils Sergius avaient ourdi une trame avec Dodon, commissaire de Charlemagne, pour donner la mort au pontile; mais Dieu le sauva, grâce au secours de Didier. Appelés au Vatican, ils refusèrent d'obéir, prirent les armes, et chassèrent de Rome le pontife ; puis, ayant été abandonnés, ils s'étaient réfugiés dans .Saint-Pierre , où le pape les avait défendus contre la multitude (jui demandait leur sang; mais, comme il voulait les faire rentrer dans la ville pour assurer leur salut, ils furent pris et^aveuglés sans sou consentement et à son insu. » Cette version est préférée par Muratori et le plus grand nombre des historiens ; mais Cenni, Pagi et Lecointe ont supposé que cette lettre avait été extorquée au pape par Didier, ou bien qu'on l'avait falsifiée dans sa chancellerie; en effet, une autre lettre (Cenni, i, 274 ) , ainsi que les biographes d'Etienne III et d'Adrien, rapportent cet événement de la manière que nous avons adoptée comme la plus vraisemblable.

ADRIEN. lo9

se brouiller. Charles, qui ne comptait pas au nombre de ses vertus la constance en amour, se dégoûta bientôt d'Hermengarde, '"'• qu'il renvoya à son père, pour épouser lldegarde , princesse suève. Cet affront blessa au vif Didier; or, comme la veuve de Carloman s'était réfugiée à sa cour avec ses deux fils pour échapper aux embûches qu'elle redoutait de la part de son beaufrère, il proclama les droits des orphelins à l'héritage paternel, et requit le pape de les oindre rois des Francs, afin de pouvoir les opposer à son gendre infidèle.

Adrien, fils de Théodule, duc de Rome, avait succédé à -.-, Etienne III; lent à prendre un parti, mais doué d'une forte persévérance, il comprit que le pape n'avait pas le droit d'élire le roi d'une nation libre , d'autant plus que cette nomination entraînerait la guerre civile; il répondit donc au roi lombard que, comme pontife, il voulait vivre en paix avec tous les chrétiens, et que, du reste, il ne pouvait avoir aucune confiance dans un prince qui avait violé toutes les promesses faites à son prédécesseur. Didier, courroucé de ce refus , a recours à la force pour réaliser ses projets; il occupe quelques villes de la Pentapole, bloque Raveune, ravage les environs de Sinigaglia, Montefeltro, Agobio, tombe sur les habitants de Blera occupés delà moisson, et, après avoir tué les principaux d'entre eux, se retire avec le butin et le bétail ; puis il occupe Otricoli et marche sur Rome.

Adrien, après de vains efforts pour détourner cet orage, fit appel aux peuples de la Toscane, de la Gampanie, du Pérousiu , de la Pentapole, et les trouva disposés à la résistance (1); mais, convaincu que ces levées tumultueuses ue pourraient tenir contre une armée régulière, il imita Zacharie en s' adressant à Charlemagne pour qu'il vint protéger cette Église dont il était, comme patrice, le défenseur officiel. Charles essaya d'amener Didier à renoncer à ses usurpations moyennant une compensation en argent ; sur son refus, il publia le ban de guerre, et fixa le rendezvous à Genève, Lorsque ses vassaux furent réunis, il leur fit connaître l'oppression dont le pape souffrait, les tentatives faites par Didier pour allumer la guerre civile en France , et l'expédition fut résolue d'une voix unanime.

Charles domine de si haut ses contemporains que l'imagina-

(1) Vniversum popiilum Tusci.v et Campania; et ducatus Perusini, et aiiquanios de civitatibus Pentapoleos ; omnesque parati erant , si ipse rcx adveniret,.fortUer.,. iUi resistere, (Anastase Biui,.)

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