MO CHARLEMAGNE DESCEND EN ITALIE
tion éblouie en a fait le type des vertus héroïques et chrétiennes, telles que le moyen âge les concevait. Un chroniqueur, interprète d'une tradition populaire, raconte ainsi la descente du héros en Italie : « Le Danois Ogger, après avoir occupé une « grande position dans le royaume des Francs, s'était réfugié « auprès du roi Didier. Quand on apprit l'arrivée en Lombardie « du redoutable monarque, Didier et Ogger montèrent sur une « tour élevée, d'où ils pouvaient l'apercevoir de loin et de toutes « parts ; ils virent d'abord apparaître des machines de guerre, « qui auraient pu suffire aux armées de Darius ou de César. <c Didier demanda à Ogger : Charles n'est-il pas avec cette « grosse bande ? — Non^ répondit Ogger. Vint ensuite la foule « des peuples rassemblés de tous les points du vaste empire des « Francs, et le Lombard dit à Ogger : Certes, Charles s'a- « t>ance triomphant au milieu de cette multitude. — Non, pas « encore, et il n'apparaîtra point si tôt, répondit l'autre. Et « que ferons-nous donc, repartit le roi inquiet , s'il vient avec « unplus grand nombre de guerriers ? — Vous verrez ce qu'ilest « quand il arrivera, répliqua Ogger ; viais de nous je ne sais « ce qui adviendra. Pendant qu'ils discouraient ainsi, parut le « corps des gardes, qui ne connut jamais le repos. A cette vue, « Didier, saisi de terreur, s'écria ; Pour le coup, cest Charles! « — Non, répondit Ogger, pas encore. A la suite, marchaient les « évêques, les abbés, les clercs de la chapelle royale et les com- « tes. Didier, ne pouvant plus supporter la lumière du jour « ni affronter la mort, balbutie en sanglotant : Descendons^ « cachons-nous dans les entrailles de la terre, loin de la face « et de la colère d'un si terrible ennemi. Ogger, tout tremblant, « qui connaissait par expérience la puissance et les forces de « Charles, dit alors : Quand vous verrez les moissons s'a- « giter d'effroi dans les champs, le Pô et le Tésin battre de leurs « flots noircis par le fer les remparts de la ville , alors vous « pourrez croire à l'arrivée de Charles. Il n'avait pas achevé « de parler, que l'on commença de voir au couchant comme un « nuage ténébreux poussé par Borée, lequel changea la clarté « du jour eu ombres lugubres. Mais, à l'approche de Charles, « l'éclat de ses armes fit briller sur les gens enfermés dans la « ville une lumière plus sinistre qu'aucune nuit. Alors parut « Charles lui-même, cet homme de fer, la tète couverte d'un cas- « que de fer, les mains avec des gantelets de fer ; sa poitrine « et ses épaules de marbre étaient défendues par une cotte de fer ;