‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 87 sur 365 · FAIBLESSE DES LOMBARDS. \M · texte numérisé non relu

FAIBLESSE DES LOMBARDS. \M

« sa main gauche tenait une lance de fer, qu'il brandissait, et la « droite s'appuyait sur l'acier de son invincible épée ; le dessous « de ses cuisses, que les autres guerriers ont coutume de porter « dégarni même de lanières de cuir, pour monter à cheval avec « plus de facilité, était entouré de lames de fer. Que dirai-je « des grèves ? toute l'armée les portait de fer. On ne voyait que « du fer sur le bouclier de Charles, et son cheval avait la force « et la couleur du fer. Tous ceux qui précédaient le monarque , « tous ceux qui venaient à ses côtés, tous ceux qui le suivaient, « et l'armée entière, avaient des armes semblables , autant que « chacun l'avait pu. Le fer couvrait les routes et les champs; « les pointes du fer étincelaient au soleil. Le fer robuste était « porté par un peuple de cœur plus robuste encore ; cette masse « de fer répandit la terreur dans la ville : Qne de fer! hélas! « que de fer! fut le cri confus de tous les citoyens. La force des « remparts et des jeunes gens s'anéantit dans la terreur à la vue « du fer, et le fer troubla la sagesse des vieillards. Ce que moi, « pauvre écrivain, balbutiant et affaibli par l'âge, j'ai essayé de « dépeindre dans une prolixe narration, Ogger le vit d'un coup « d'œil, et il dit à Didier : Voici celui que vous avez tant cher- « cAe, et il tomba presque sans vie (l). »

A côté de ce tableau coloré par l'imagination, la froide raison place les faits réels qui devaient faciliter le triomphe de Charlemagne dans l'Italie, partagée entre différents maîtres ; les Grecs n'avaient que des prétentions , sans force ni volonté pour les soutenir; les papes appelaient les Francs, et les Lombards avaient à se défendre contre la haine des indigènes, ennemis irréconciliables de leur gouvernement militaire.

En France, l'association des barbares et du clergé affermit le pouvoir royal, autour duquel le temps et les événements devaient grouper les autres éléments sociaux pour constituer la puissance nationale. Dans l'Italie, au contraire, la force ayant fait divorce avec l'opinion, le pouvoir politique avec l'autorité de l'Église, comment aurait-il été possible d'amener la fusion des vainqueurs et des indigènes? En outre, les rois francs, plus ambitieux et plus forts, soumirent différents chefs et barons par l'intrigue, par la guerre, par le crime, tandis que les ducs , chez les Lombards, devinrent chaque jour plus puissants; peiits souverains dans leurs domaines, ils ne voyaient dans le roi que le

(1) De factïs Carolï Magni.

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