CHARLEMAGNE EN ITALIE
Les ducs même restés fidèles à Didier savaient que le vainqueur ne les dépouillerait pas de leurs domaines et respecterait la forme du gouvernement ; il leur semblait donc que la domination d'un roi franc différerait peu de celle des rois bavarois.
Didier fut peut-être plus faible que ses prédécesseurs : téméraire quand il s'agissait d'entreprendre et de provoquer, il se montrait incapable de poursuivre et d'accomplir ses desseins , véritable moyen de causer la ruine d'un royaume. Nous ne connaissons aucune loi émanée de ce prince , d'après laquelle il soit possible de pénétrer ses intentions ; nous savons seulement qu'il fit d'immenses donations aux couvents de toute l'Italie (1), comme s'il eût voulu éblouir les hommes qu'il indignait par ses hostilités contre le pape. Superbe dans son langage avec le roi des Francs, il était timide dans l'action ; il prodiguait aux pontifes les promesses et les mensonges , et, dans ses luttes contre eux , il ne sut pas même déployer cette énergie qui justifie ou voile du moins tant d'iniquités. Il accueillait tous les mécontents de Charles; mais, tandis que la politique lui aurait conseillé de ne pas attendre sur son territoire un ennemi qu'il avait provoqué, il se tint, sur la défensive, soit faute de moyens suffisants soit par crainte des trahisons, louvoyant entre les dangers de l'attaque extéi'ieure et les embûches de l'intérieur.
LesGoths, comme nous l'avons vu, tombèrent, puis se relevèrent, et.leur chute, noble et généreuse, mérita presque des regrets ; mais celle des Lombards fut marquée au coin de l'ineptie
Voir L. C. BKTiuixm, Paultis Diaconus und Geschichlschreibung der Lontjobarden ; Hanovre, 1849.
Martin de Crémone, /ils de Paul, homme (rcs-noble , et ilc Sabine, femme respectable, fut diacre etalla montrer aux Francs le passage des Alpes ; enlin il devint archevêque de Ravenne. Il décrit lui-même son voyage dans une lettre trouvée par le chanoine Dragoni de Crémone, et publiée par Troya dans son Codice diplomatico.
On ajoute même que ce Martin aurait soulevé le clergé de Crémone contre Didier ; il existe, en effet, un diplôme de Charlemagne qui loue les prêtres de Crémone, qui nobis fidèles fuerunt jam ab ipso nostro adventu hic in Italiam.
(1) La Chronique du monastère de Volturno dit de lui -.Hic, licet bello Juerit austerus, tamcnplurimis locis ecclesias construxit ^ ornavit atquc dilavit rébus ac possessionibus muUis. Ex jussione principis aposlolorum, mo)ias/criiim ajdi/icavit in valle Tritana. Rer. it. Scrip. vol. ii, p. ii, liv. 3. La tradition, en Toscane, mais sans témoignage historique, attribue à Didier beaucoup de constructions, comme les murailles de San-Gemignano et la ville de San Minialo, où, du reste, fleurit lomtemps la race lombarde.