FIN DES LOMBARDS. CONQUÊTE FRANQUE
duquel l'attendait le pape Adrien , qui l'embrassa ; ils montèrent ensuite à l'autel l'un à côté de l'autre , le roi tenant la droite. Charles demanda ensuite à entrer dans Rome, et le pontife conçut d'abord quelque ombrage de cet hôte armé; mais, rassuré par ses protestations, il s'empressa de l'y introduire en lui prodiguant les honneurs les plus solennels. Charles assista aux touchantes cérémonies de la semaine sainte j puis il confirma la donation de Pépin, à laquelle i! ajouta le patrimoine de Saint-Pierre. L'acte, souscrit par lui , par les évoques, abbés , ducs et comtes de sa suite , fut placé sur le tombeau de saint Pierre , et sous l'évangile, que l'on avait coutume de baiser.
Ainsi finissait le règne des Lombards après une durée de plus de deux siècles, mais sans avoir gagné l'amour des Italiens , ni produit un seul grand homme ; il finissait comme ces dominations étrangères, qui substituent pendant quelque temps la force au droit , et peuvent se faire craindre, non aimer. Leur nom survivait néanmoins, puisque Charles s'intitula roi des Lombards ( i ). Il refréna promptement la fougue de ses guerriers, et, comme il n'était pas venu avec un peuple sans patrie, il n'eut pas besoin, à l'exemple des Hérules, des Goths et des Lombards, de dépouiller les anciens propriétaires. Il mit une garnison franquedans Pavie, et conféra des fiefs vacants à beaucoup de nobles de sa nation, confirmant dans la possession des autres et dans leurs dignités les seigneurs primitifs, qui n'hésitèrent pas à lui jurer fidélité.
Il ne faut pas croire que la conquête de Charles fut généreuse et vierge de sang; si nous en croyons le prêtre André, chroniqueur bergamasque, dont Muratori fait le plus grand cas, et qui était l'ennemi de Charlemagne, « la tribulation fut si grande '<■ en Italie que bien peu survécurent dans les bourgs et les « villes, les uns étant morts de faim, les autres ayant été tués par « l'ennemi ou par les bêtes féroces. » Un autre chroniqueur de Brescia raconte que Poton, neveu de Didier, résista dans cette ville ; le capitaine franc , qui fut chargé d'en faire le siège, fit pendre autour des murailles deux mille habitants de la campagne pour frapper de terreur les citoyens. Après la reddition de la
(1) Quelques-uns ajoutent qu'il se fit couronner par l'archevêque de Milan; mais il ne paraît pas que l'inauguration des rois lombards se fit au moyen de la couronne ; on leur mettait une lance à la main , et l'aul Diacre raconte qu'un coucou vint se poser sur celle d'Hildebrand. Il n'est même jamais parlé du couronnement des Carlovingiens, et le premier souvenir de cette cérémonie est de 888 , lorsque Bérenger fut couronné dans Pavie.