GRANDEUR ET DESSEINS DE CHAULES
plus, comme les courses des barbares, la dévastation pour objet ; elles n'étaient pas non plus des hostilités de tribu à tribu, mais des guerres conseillées par une intention politique et pour réaliser un système arrêté. Soit que la pensée de Charles résultât de l'examen de son siècle, ou qu'il fût entraîné à son insu par les événements actuels et par cet instinct qui signale aux grands hommes ce qui convient à leur époque, les cinquante-trois expéditions qu'il dirigea, de 769 à 813 (1), manifestent l'intention constante de relier dans une forte unité les populations établies sur les territoires qui formaient autrefois l'empire romain , afin de les opposer à la double invasion dont l'Europe était menacée , au midi par les Arabes, au nord par les peuples restés dans la Germanie. Tels étaient les Saxons auxquels il fit une longue guerre d'extermination. Charles, après les avoir vaincus, vit les frontières de son royaume menacées par d'autres peuples voisins, c'est-à-dire par les Slaves , établis entre les Krapacks et la mer Baltique ; il faut y joindre les Avares, habitant entre ces mêmes montagnes et les Alpes Juliennes , et qui n'étaient séparés de la Bavière que par l'Ens, Ce peuple ayant menacé l'Italie, on résolut de fortifier Vérone, démantelée peut-être après le siège qu' Adelchis y avait soutenu ; mais, comme une discussion s'éleva pour savoir si le clergé ferait le tiers ou le quart de la dépense nécessitée par la construction des remparts , la décision fut remise au jugement de la croix. Arégaus et Pacifique, jeunes gens robustes, l'un pour la commune, l'autre pour l'évêque, s'agenouillèrent dans l'église, les bras levés, pendant qu'on lisait la Passeon selon saint Matthieu ; à la moitié de la messe, Arégaus ne put continuer l'épreuve, et l'autre résista jusqu'à la fin; le clergé ne contribua donc à la dépense que pour un quart. Pépin et le duc du Frioul défirent complètement les Avares ; Cbarles les poursuivit dans leur pays, et, pour les refréner, fonda sur r93. leur frontière un marquisat, appelé Austrie, c'est-à-dire oriental, qui devait plus tard jouer un si grand rôle dans les destinées de l'Italie.
Charlemagne offrit au pontife les prémices des trésors qu'il avait rapportés de cette expédition ; il distribua le reste à son ar-
(I) Une contre les Aquitains, dix-huit contre les Saxons, cinq contre les Lombards , sept contre les Arabes d'Espagne, une contre les Tliuringiens , quatre contre les Avares , deux contre les Bretons , une contre les Bavarois , quatre contre les Slaves du haut Elbe, cinq contre les Sarrasins, trois contre les Danois, deux contre les Grecs.