‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 95 sur 365 · GRANDEUR ET DESSEINS DE CHARLES · texte numérisé non relu

GRANDEUR ET DESSEINS DE CHARLES

mée, à ses paladins et au duc duFrioul, qui avait le plus contribué à ces victoires.

L'autorité de Charles se trouvait affermie dans toute la France, et s'étendait sur le plus grand nombre des peuples occidentaux . Les races slaves, de la Baltique à Venise , lui payaient tribut : ainsi sa domination s'étendait, au midi , jusqu'à l'Èbre, à la Méditerranée et à Naples ; à l'occident, jusqu'à la mer Atlantique ; au nord, jusqu'à la mer Germanique, à l'Oder et à la Baltique; au levant, jusqu'au lac Theiss , aux montagnes de la Bohème, au Raab et à l'Adriatique. Le poète Alcuin avait donc raison de le célébrer comme le roi de l'Europe. La grandeur romaine, telle qu'elle avait été sous les successeurs de Constantin, revivait ainsi par le fait ; elle ne tarda guère à reprendre son nom, mais son caractère fut tout autre : la société chrétienne eut un chef dans l'ordre temporel , comme elle en avait un dans l'ordre spirituel.

Le titre de patrice, que Charles portait déjà, exprimait l'idée de protecteur de l'Église, des pauvres et des opprimés. Le pape, en le revêtant du manteau et en lui passant l'anneau au doigt, lui disait : « Nous te concédons cet honneur afin que tu fasses « justice aux églises de Dieu et aux pauvres, et que tu en rendes « compte au Juge suprême. «Il ajoutait, en lui remettant le diplôme écrit de sa main : « Sois patrice , miséricordieux et juste. » Puis il lui posait sur la tête le cercle d'or. Rien, dans cette cérémonie , n'impliquait la souveraineté, et le peuple lui prêtait serment, non de vasselage, mais de clientèle subordonnée à la fidélité promise au pontife (l).

A ce titre, Charles se trouvait protecteur de l'Église ; dès lors, ce prince et les papes devaient avoir un intérêt réciproque à se soutenir. Adrien était en outre son ami particulier, consolation rarement accordée aux grands, et il veilla sans cesse à ce que la nouvelle domination des Francs prit racine en Italie. Charles vénérait le pontife, et, lorsqu'il mourut, il le pleura comme un père, répandit des aumônes en son honneur, et composa en vers son épitaphe, qu'il fit graver en lettres d'or (2).

(I) Mabii.lon, A7in. ord. S. Bened., xxui, 3,

( 2) Post palrem lacrymans Carolus heec carmina scripsi :

Tu mihi dulcis amor, te modo plango, pater...

Nomina jungo simul titulis clarissima nostra; Adrianus, Carolus, rex ego, tuque pater...

Tum memor esto tui nati; pater optime , posco, Cum pâtre die, natus pergat et ipse tuus.

150 LÉON iir,

793. Adrien eut pour successeur Léon III, qui envoya au roi des

Francs , comme patrice , les clefs du tombeau de saint l'iore et l'étendard de l'Eglise romaine, avec des paroles d'affection et de soumission. Charlemagne lui députa le savant Angilbert, afin d'assister à sa consécration , de renouveler le pacte fait avec Adrien , et de s'entendre avec lui « sur ce qui paraîtrait conve- « nable pour confirmer son patriciat et le rendre utile à l'Eglise. « Ma mission , ajoutait Charles, est de défendre, avec l'aide de « la miséricorde divine , la sainte Église du Christ à l'extérieur, « par les armes contre toute attaque des païens et tout dom- « mage de la part des infidèles; à l'intérieur, de l'affermir par « la profession de la foi catholique. Votre obligation, à vous, est « d'élever les mains vers Dieu comme Moïse, et de soutenir « par vos prières mon service de guerrier (1). »

Les papes, cependant, avaient continué de rendre quelques honneurs aux Césars de Gonstanlinople ; Léon même fit placer dans le palais de Latran une mosaïque représentant l'empereur qui recevait l'étendard de la main du Christ, et Charles, de celle du pape (2), Si néanmoins le pontife témoignait aux iaibies successeurs de Constantin un reste de respect, comme il convenait d'ailleurs au chef de toute la chrétienté, il ne pouvait en espérer aucun appui, et, dans les circonstances critiques , il s'adressait au roi des Francs. L'occasion se présenta bientôt.

Campulus et Pascal, neveux du pape Adrien, l'un sacristain, l'autre primicier de l'Église , mécontents de se voir dépouillés de la puissance dont ils jouissaient du vivant de leur oncle , formèrent, avec d'autres familles influentes de Rome, un de ces complots qui menaçaient souvent l'autorité des papes, depuis

799. qu'ils étaient devenus princes temporels. Au moment où le pontife se transportait processionnellement, pour la fête des Rogations, de l'église de Latran à celle de Saint-Laurent, il fut assailli par une troupe armée qui, après l'avoir maltraité jusqu'à vouloir lui arracher les yeux (3), l'enferma dans le couvent de Saint- Sylvestre.

(1) Ep. CaroU Magni, x, p. 616.

(2) On voit, sur une autre mosaïque, saint Pierre donnant do la main droite un manteau au pape agenouillé, et de la gauciie un étendard à un prince ; l'inscription porte : lieale Petre, donavlta Leonipp., et bictoria Carolii dona.

(3) La légende raconte (pi'on les lui arracha, mais (piH les recouvra par miracle.

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