‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 106 sur 352 · LA NOBLESSE ET LA PBINCIPATJTÉ · texte numérisé non relu

LA NOBLESSE ET LA PBINCIPATJTÉ

Du mouvement irrésistible des trois siècles précédents, il était sorti ce fait : ou les nobles avaient choisi l'un d'entre eux pour les rendre capables^ en les unissant, d'opprimer le peuple, ou bien le peuple avait confié la souveraineté à quelqu'un pour se soustraire à l'oppression. Or, comme il est plus facile de contenter l'individu qui ne veut pas être opprimé que celui qui désire opprimer, les petits tyrans se montraient favorables au peuple et empêchaient les excès des nobles, ne fîit-ce que pour dominer eux-mêmes avec plus d'avantage.

La noblesse n'était pas constituée d'une manière uniforme. Dans la Lombardie et la Toscane, les feudataires, réprimés par les répubhques, avaient fixé leur demeure dans les villes, où ils s'entouraient des productions de l'art, et se livraient aux affaires publiques; au contraire, ils conservaient une funeste vitalité dans la Romagne et le royaume de Naples, où leur turbulence se manifestait par des tentatives ambitieuses et des guerres privées , quand ils ne vendaient pas honteusement leur courage. Néanmoins, dans les deux premiers pays, le peuple n'était pas l'égal des nobles devant la justice, et ne concourait point aux charges dans la même proportion. Puissants par l'accord et l'usage des armes, les nobles cherchaient à l'opprimer, et lui, à son tour, il leur opposait les maîtrises; or, comme des deux côtés on ne s'abritait point sous l'égalité, mais sous des privilèges obtenus ou usurpés , et qu'on agissait par opposition , non par accord d'intérêts, nobles et peuple se rendaient impuissants à bien constituer une république. De là un mouvement continuel de bascule, et « des réformes faites, non pour la satisfaction du bien commun , mais pour la force et la sécurité d'un parti, bien qu'on n'ait pas encore trouvé cette sécurité; en effet, il y eut toujours une faction mécontente, laquelle devint un instrument efficace dans les mains de quiconque voulait des changements (1). »

Chaque gouvernement s'efforçait donc d'abaisser les feudataires et d'élever les citoyens , afin d'obtenir par l'égalité cette centralisation des pouvoirs qui donne la force; car il sentait, moins par raisonnement que par instinct, « que nulle province n'est jamais unie ni heureuse si elle n'obéit pas à une république ou à un prince, comme il est arrivé pour la France et l'Espagne (2). »

(1) MACaiAVEL, Delta riforma di Firenie.

(2) Le même, Discors t, i, 12.

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