‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 107 sur 352 · LA NOBLESSE ET LA PRINCIPAUTÉ · texte numérisé non relu

LA NOBLESSE ET LA PRINCIPAUTÉ

Les Italiens étaient bien loin de cette unité. Les petits seigneurs, qui avaient hérité des anciennes répul)liques , cherchaient à se conserver. Mais trois obstacles s'opposaient à leur accroissement , les barons , le peuple et les républiques voisines : dès lors, trop faibles pour régner, mais assez forts pour empêcher la domination des autres , ils se jetaient continuellement dans les luttes, les trahisons et les violences.

La commune devait avoir pour but de refréner les tyrans et de protéger les faibles; mais, pour réussir, elle ne recula jamais devant les moyens , et nous verrons trop souvent qu'elle en employa de criminels. En attendant, on voyait se dérouler tous les actes du drame historique du moyen âge : l'indépendance communale , le régime féodal , les villes soumises à des villes, le pouvoir civil , le pouvoir ecclésiastique, le condottiere, les petites guerres. Mais, au raiheu de ces faits, le simple soldat, la grande conquête, la littérature raffinée, la politique, habile dans les moyens, étendue dans la pensée, se frayaient une voie. La paix était le but suprême qu'on se proposait, et tous croyaient l'assurer, dans les provinces, au moyen de la principauté, dans les principautés, an moyen de l'empire; mais cette union matérielle sous un individu dispensait de chercher l'union des esprits, la concorde morale. Cette généralité qu'on appelle l'État se substituait à l'activité originale des individus; le vieil idéal perdu, on cherchait péniblement le nouveau, c'est-à-dire cette raison d'État qui est un calcul d'intérêts positifs en vertu desquels les gouvernements doivent s'allier ou se combattre, ou bien d'intérêt de princes qui n'ont plus en vue la chrétienté entière, niais l'avantage de leur propre famille.

Cette époque eut pour tâche spéciale de constituer militairement la monarchie sur les ruines des petites seigneuries. Avec les principautés, on n'avait pu obtenir ni la tranquiUité, ni l'ordre, ni l'égalité de tous devant la loi ; au milieu de l'ordre incertain de la succession, puisqu'on ne pouvait invoquer la légitimité de dynasties récentes et reconnues seulement de fait, à chaque vacance on se disputait le pouvoir, et quiconque l'usurpait était certain de le faire légaliser par les sophismes ou la force. Contraints de se maintenir au milieu d'ennemis, les tyrans ne s'inquiétaient pas des moyens, et l'on trouvait même dans les cours des meilleurs une école de politique tortueuse , de corruption, de perfidie.

La tromperie, regardée comme un moyen légitime de vaincre.

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