CIVILISATION ITALIENNE
des libertés civiles, afin d'éclairer ensuite leur patrie avec les rayons de l'Italie. L'amour des lettres était considéré comme un devoir des princes ; les rhéteurs et les grammairiens faisaient l'éducation des seigneurs , étaient chargés d'ambassades , concluaient des traités. L^étude de l'antiquité polissait le style et ornait les édifices sans avoir encore enchaîné l'écrivain à l'imitation servile; chaque événement donnait lieu à des fêtes et à des solennités où l'on déployait le luxe et le bon goût. En un mot, la supériorité de la Péninsule dans les arts , la culture et l'opulence n'était pas contestée.
Mais le caractère national s'affaiblissait; avec les communes s'éteignait la confiance en soi-même, l'orgueil personnel, l'esprit d'honorable résistance; l'habitude de servir les despotes énervait les âmes, autant qu'elles sont fortifiées par l'obéissance légitime et l'obligation d'émettre son avis sur les intérêts et les. actes de la patrie. Les princes seuls agissaient; le peuple, exclu des affaires, se tourna vCrs l'industrie, les arts et les lettres. Mais si , dans cette condition , on ne voyait plus ces soulèvements intérieurs qui formaient la partie dramatique de l'antiquité et du moyen âge, il faut dire que, dans les multitudes, le patriotisme et le courage faisaient place à une patience insouciante et égoïste ; chacun cherchait la sécurité dans un état obscur, et se faisait une haute opinion de la force quand elle prédominait sur une populace désarmée, qui ne voyait aucun but élevé offert à ses aspirations et pour lequel elle pût mourir De là présomption et vanité sans vertu, dévotion sans foi. On dissipait les forces au lieu d'en user. Fier du passé, on provoquait en duel quiconque accusait la nation de lâcheté, mais on ne faisait rien de ce qu'il aurait fallu pour lui conserver la supériorité.
Le mouvement continu avait fait prévaloir la richesse mobilière sur la fortune territoriale, communiqué la culture, les possessions et l'autorité à la classe moyenne, réveillé les esprits et fortifié les volontés; mais, dans la lutte, les combattants se fatiguèrent plus tôt que les forces ne furent épuisées. A une liberté mobile, beaucoup préféraient une servitude qui promettait l'ordre; d'autres, au contraire, considérant la monarchie comme l'antithèse de la liberté, l'abhorraient et cherchaient à la renverser, au lieu d'aviser au moyen de la constituer dans l'intérêt de tous ou du plus grand nombre, et de faire tourner la domination, la culture et l'activité de quelques-uns à l'avantage de