ALEXANDRE VI
relâchés^ et moi, j^ai vu cela, et j'ai ouï dire que c'était à cause de 800 ducats qu'ils avaient doiuiés. Un jour on demandait au procamérier pourquoi on ne faisait pas justice des coupables, et, moi présent, il répondit : Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il paye et vive. . .
« Le samedi, 4 septembre, arriva la nouvelle du mariage conclu entre Alphonse, fils aîné du duc de Ferrare, et la dame Lucrèce Borgia, fille du pape. Le dimanche suivant, ladite Lucrèce se rendit à cheval à l'église du Popolo, vêtue de brocart d'or frisé, accompagnée d'environ trois cents cavaliers, et précédée de quatre évêques à cheval. Le lendemain, un bouffon achevai, auquel Lucrèce avait donné son vêtement de brocart d'or qu'elle portait la veille, et qui valait 300 ducats, parcourut les rues principales, en criant : Vive l'illustrissime duchesse de Ferrare! Vive le pape Alexandre ! Et les mêmes cris étaient répétés par un autre bouffon à pied, lequel avaitaussi reçu un habillement... Le dernier dimanche d'octobre, au soir, cinquante prostituées '^ honnêtes, appelées courtisanes, firent dans le palais apostolique jun banquet avec le duc de Valentinois. et, après le repas... » "Le reste ne peut se raconter et être cru. Nous pensons néanmoins qu'on a trop dénigré Alexandre VI, bien qu'il soit vrai qu'il n'a jamais trouvé un apologiste, pas même dans notre époque, où domine la manie des paradoxes.
Tant de dépravation morale au milieu d'un si grand progrès matériel, et alors surtout que la diffusion du savoir perfectionné la faisait vivement sentir ! Cette politique clandestine, cette turpitude affichée jusque sur la chaire où s'étaient assis tant de saints, les plaintes d'une foule de proscrits, répandaient l'idée de désastres d'autant plus redoutés qu'ils étaient indéterminés. Savonorala la fomentait, et, comme il ne voyait, à l'exemple de Salvien, la régénération que dans un grand châtiment , il répétait: «Malheur! malheur! ô Italie, ô Rome, dit le Seigneur, « je vous abandonnerai à un peuple qui vous effacera du milieu « des peuples. Des gens affamés comme des lions viennent, et « la mortalité sera si grande que les fossoyeurs parcourront « les rues en criant : Qui a des morts? et l'un apportera son «père, l'autre son fils. 0 Rome, je te le répète, fais péni- «tence; faites pénitence, ô Milan, ô Venise (1)... Le Seigneur « dit : Quand j'irai en Italie visiter ses péchés, je visiterai Rome
(1) Sermon xxi.