ALEXANDRE VI
«avec Fépée; dans Saint -Pierre et les autres églises, les
« prostituées trôneront, et les sanctuaires serviront d'étables aux « chevaux et aux porcs ; on y mangera, on y boira, et l'on y fera « toutes sortes d'impuretés... Je couperai, dit le Seigneur, les « cornes de l'autel, c'est-à-dire les mitres et les chapeaux; je a couperai la puissance des prélats; ces belles maisons et ces « beaux palais tomberont en ruines; tant de délices, tant de ri- « chesses seront jetées par terre ; les hommes seront massacrés, «et tout sera bouleversé (1). » L'homme qui prédit des malheurs devine trop souvent (2). Le peuple croyait que la Divinité l'inspirait, qu'il éprouvait des extases et prévoyait l'avenir.
La politique, quelque profane qu'elle devînt , ne s'était pas encore détachée de la religion, et le souvenir du moyen âge était trop frais pour qu'il parût étrange que l'on convertît la chaire en tribune, comme le faisait frère Jérôme. S'il préférait le gouvernement du plus grand nombre, ce n'était point à la manière d'un démagogue ; car il assurait que le gouvernement monarchique est préférable à tous les autres, parce qu'il ressemble à celui de Dieu, mais à la condition que le chef sera l'homme le plus digne, accident trop difficile. Les constitutions ne sont bonnes qu'autant qu'elles se trouvent en rapport avec les qualités ou les défauts des peuples ; or, dans l'Italie, dont le peuple a l'intelligence vive et le caractère impétueux, on peut difficilement établir un gouvernement auquel le plus grand nombre n'est point appelé à participer. Le gouvernement populaire est donc celui qui lui convient le mieux, surtout à Florence, qui se rappelait un passé glorieux.
Savonarole connaissait le cœur de l'homme, et savait que le premier expédient de la tyrannie est de corrompre les sujets, tandis que toute liberté a la vertu pour fondement nécessaire. II prêchait donc qu'il fallait commencer la réforme de l'État par celle des mœurs et de l'Éghse ; au contraire de Cosme, qui disait qu'on ne doit pas gouverner avec des patenôtres, il procla-
(1) Sermon xxni.
(2) Beaucoup de pronoslics sur lesniaux qu'entraînerait la descente des Français circulaient en Italie, notamment ceux de saint François de Paule et du bienheureux Vincent d'Acjuila. Dans le procès de Savonarola, il est parlé d'une certaine Camille des Ruccellaï, à laquelle on envoyait debiander ce qu'il y avait à faire, et qui donnait des réponses obtenues par révélation; ou y mentionne encore une Bartolomea Gianfigliazzi, « laquelle avait ses dévotions et ses esprits, comme elle disait ».