‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 123 sur 352 · GALÉAS-MARIE SFORZA · texte numérisé non relu

GALÉAS-MARIE SFORZA

fils, Galéas-Marie, ne lui ressembla sous aucun rapport. La vigoureuse administration du père, la prudence et la longue pratique de Cicco Simonetta, secrétaire d'État, maintinrent le pays en repos. Bientôt, enorgueilli par les démarches des rois de Hongrie et de Boliême, qui demandaient à lui emprunter de Targent ; par les ambassades venues de toutes parts, même de l'Egypte ; par le tribut que lui payaient les Florentins ; par les subsides d'hommes qu'il fournissait à Louis XI de France , son beaufrère, et par l'espérance de la couronne de toute l'Italie , Galéas ne garda aucune mesure : il interdit à sa mère, Blanche-Marie Visconti, femme sage et expérimentée, toute immixtion dans les affaires, et l'on dit même qu'il l'empoisonna.

Dans son voyage à Florence, il déploya, comme nous l'avons vu^ un faste inouï; mais au goiJt dessales plaisirs il associait celui des cruautés et des tortures raffinées, aggravant par ses facéties des supplices diaboliques, assaisonnant ses voluptés de la satisfaction d'un vainqueur sans vergogne et du désespoir des maris et des pères déshonorés. Par ostentation d'intrépidité, il fit un jour mettre son barbier à la torture, et à peine l'eut-il fait délivrer qu'il voulut être rasé par lui.

Cola Capponi des Montani, de Gaggio, dans le Bolonais, intelligence vive, âme peu saine, infatué de l'antiquité , enseignait la rhétorique à Milan. Il avait été professeur de Galéas-Marie , et, soit à cause de quelque méfait ou parce que le duc voulait se venger des coups de verges qu'il en avait reçus à l'école , il fut ignominieusement fouetté dans les rues de la ville. Dès lors , ne respirant plus que vengeance, il excita contre le duc ses propres élèves, et surtout André Lampugnani et Jérôme Olgiati, qu'il poussa même à s'enrôler sous Barthélémy Coleone pour appren-w dre le métier des armes. Sa conduite indigna les familles de ces jeunes gens, et, par esprit de corps, l'autre noblesse milanaise; il fut donc obligé de quitter la ville après avoir perdu ses disciples et ses amis. Les rancunes apaisées, il revint, et, grâce à la mobilité de la petite noblesse, il eut encore beaucoup d'élèves et renoua des relations amicales. Loin d'être corrigé, il continuait à souffler dans l'esprit de la jeunesse les idées de la liberté romaine et grecque, à lui vanter la gloire des tyrannicides. Après avoir raconté les exploits de Timoléon et de GoUatin, il s'écriait : « Ne surgira-t-il pas parmi mes disciples un Brutus, un Gassius, « qui, délivrant la patrie d'un joug honteux, mérite d'être loué « dans tous les siècles? — Je serai cet homme, » répondit 01-

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