JEAN-MARIE SFORZA
giati , qui devint encore plus ferme dans son dessein lorsque Galéas eut déshonoré sa sœur. Avec Lampugnani et CharlesVisconti, il jura devant les autels de délivrer sa patrie du tyran, regardant cette action comme glorieuse.
« Après notre première rencontre (raconte Olgiati lui-même), « j'entrai à Saint-Ambroise, et , m'agenouillant au pied de l'ef- « figie du saint évêque, je fis cette prière : Grand saint Am- « broise, patron de cette cité, protecteur du peuple milanais, si « le projet de tes concitoyens de se déhaiTusser de la tyrannie et « de la dissolution la plus monstrueuse mérite ton approbation , « ne nous refuse pas ta faveur au milieu de tant de périls aux- « quels nous nous exposons pour affranchir la patrie. Après « avoir prié, j'allai trouver mes compagnons et les exhortai à « prendre courage, en les assurant que je sentais mon espoir et « ma force accrus depuis que j'avais invoqué le patron de notre *"'' « cité... Le jour de Saint-Étienne, de grand matin, nous allâmes « à Téglise de ce saint , en le priant d'être favorable au grand « dessein que nous voulions accomplir là, et de ne pas s'indi- « gner si nous souillions ses autels d'un sang qui devait délivrer « la ville et la patrie. Après les prières rituelles, nous en réci- « tàmes une autre composée par Charles Visconti , et nous as- « sistâmes à la sainte messe célébrée par l'archiprêtre. » Puis , aussitôt que le duc parut pour assister à la solennité de ce jour, ils l'assaillirent et le tuèrent.
« Le peuple , avili , souffrant , n'attend que le signal pour rompre ses fers ; il nous acclamera et nous soutiendra : » telle est l'illusion habituelle des conspirateurs. Mais, cette fois, comme tant d'autres, le peuple tomba sur les meurtriers et les égorgea. Olgiati parvint à s'échapper, mais sa famille ne voulut pas le recevoir chez elle; seulement sa mère, touchée de compassion, le reconmianda à un prêtre qui le couvrit de sa tunique et l'emmena dans sa maison Là, il resta deux jours, persuadé que les conjurés, selon les conventions arrêtées, accomphraient l'œuvre dans cet intervalle ; mais, étant sorti pour s'en informer, quel est le premier spectacle qui s'offre à ses regards ? la populace qui trahie au milieu des outrages le cadavre de Lampugnani. Son cœur en fut brisé, et il ne chercha plus à se cacher; arrêté bientôt et soumis à une horrible torture, il raconta les circonstances du meurtre, demandant pour toute grâce qu'on lui laissât le temps de confesser ses péchés. Condamné à être tenaillé et déchiré vivant, il disait, au milieu des tourments, au
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prêtre qui le consolait : « Je mérite ces souffrances et de pires c< encore pour mes péchés, mais non pour ma belle action , en « faveur de laquelle j'espère que le juge suprême me pardon- « nera les mauvaises ; loin de m'en repentir^ je périrais dix fois « pour un si noble objet. » Il avait vingt-deux ans (1).
Le peuple, habitué désoimais à considérer le pouvoir comme héréditaire, laissa proclamer Jean-Galéas, âgé de neuf ans et fds du défunt. La veuve, Bonne de Savoie, secondée par Thabile et sage Cicco Simonetta, sut maintenir ses sujets dans l'ordre, et contenir les villes soumises qui s'agitaient à la moindre nouveauté; mais, au milieu de ces troubles, la belle armée formée par François Sforza, et qui faisait respecter le pays, se désorganisa complètement. Ce François avait laissé cintj fils; Galéas- Marie, son successeur, à la suite de conflits, avait relégué en France Philippe-Marie, duc de Bari, et Ludovic le More, ses frères. Poussés par l'exemple de leur père et leur propre turbulence à tout oser , les exilés rentrèrent dans leur patrie , et commencèrent à bouleverser l'État en exigeant une part dans l'administration; s'appuyant sur les étrangers et les Gibelins, commandés par le brave et turbulent Robert Sanseverino , ils finirent par une guerre ouverte. Simonetta s'efforça de rompre leurs trames; mais, comme il fut obligé de prodiguer l'argent et de leur céder les châteaux et les terres qu'ils avaient d'abord possédés, il détruisit l'unité politique. Malgré ces concessions, ils ne tardèrent pas à se soulever de nouveau, et le ministre confina Philippe-Marie dans son duché, Louis à Pise, à Pérouse Ascagne, qui fut ensuite cardinal ; Octavien , en fuyant, se noya dans l'Adda.
Leurs intrigues étaient favorisées par le roi de Naples et Sixte IV, qui, suscitant partout des ennemis aux Milanais, parce qu'ils soutenaient la cause de Florence, firent soulever Gênes et déchaînèrent les Suisses contre eux.
Nous avons vu comment ce peuple acquit la liberté. Les bourgeois et les pauvres, obligés de combaltre les barons du voisinage ou les cavaliers de l'empire , introduisirent une nouvelle milice de fantassins, couverts seulement d'un morion et d'un pectoral de fer ou de cuir, avec un espadon à deux mains suspendu aux
(1) Cola Montani s'enfuit auprès de Ferdinand de Naples, sur les instances duquel il écrivit une invective contre les Médicis pour détourner les Lucquois de s'allier avec eux. ; mais, en passant de Gènes à Rome, il fut arrêté près de Porto-Ercole, jugé à Florence, et pendu le 14 mars 1483.