‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 128 sur 352 · ARMÉE DE CHARLES VIII · texte numérisé non relu

ARMÉE DE CHARLES VIII

La noblesse française, dans l'espoir de faire des acquisitions, fut toujours avide d'entreprises. Anne de Beaujeu, sœur de Charles, désirait son départ pour exercer la régence sans contrôle; on faisait courir des prophéties qui annonçaient que Charles conquerrait non-seulement l'empire de Constantinople,mais encore le royaume de David : dernier écho du moyen âge, retentissant dans un siècle qui Toubliait, mais sans le renier.

Charles fit donc ses préparatifs , envoya travailler les populations, reconnaître le pays, et s'écriait : (( Allons où nous appellent la gloire de la guerre, la discorde des peuples et l'assistance de nos amis.» Mais il avait dépensé l'argent, d'abord pour acheter la paix de l'Allemagne et de l'Angleterre, ensuite pour assouvir sa passion de joutes et de fêtes, au point qu'il hésita s'il irait plus avant ; néanmoins, entraîné par des conseillers ambitieux ou corrompus, il s'en procura d'autre à de gros intérêts , 50,000 ducats de Milan, 100,000 des Sauli de Gênes.

Les Italiens, habitués depuis longtemps à considérer les Français comme des libérateurs, espéraient que tous leurs maux seraient guéris par ce roi chevaleresque, qui, jeune et nouveau, abandonnait trône, repos et délices par amour de leur pays. Par son aide, Jean-Galéas comptait qu'il pourrait se soustraire à l'oppression de son oncle ; les Florentins, s'affranchir de la domination des Médicis; Alexandre VI> élever sa maison; les Vénitiens, humilier les Aragonais ; les Napolitains, se débarrasser des étrangers. Mais les hommes sages , qui n'attendaient pas de biens éventuels de maux certains, redoutaient l'avenir, même sans les prophéties de Savonarola, et les prodiges ou les conjonctions d'astres, qui atterraient le vulgaire non moins que les savants.

A l'approche du danger, Ferdinand ne s'endormit point, bien qu'il fût amusé par l'habile Ludovic, et , pour gagner le pape, il accorda à son fils l'objet de son ambition , c'est-à-dire Sanche , fille d'Alphonse de Calabre. Il avait même résolu d'employer le bras de ce vaillant capitaine pour assaillir la Lombardie, afin de l'empêcher de s'unir aux Français; mais il mourut au milieu de ses préparatifs, et laissa la couronne à Alphonse II, avec un trésor bien garni, une flotte et une armée en bon état. A une grande ,^ f'f^^'*, réputation de bravoure, son successeur joignait la perfidie et la cruauté nécessaires pour réussir. Au début, il se maintint à la

comte de lielgiojoso, et par Jean-François de Cajazzo, fils aîné de Robert Sanseverino ; le vicomte de Beaucaiie et Guillaume Briçonuet, depuis cardinal, as> sistèrent au traité.

25 janvier.

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hauteur de sa renommée, en excitant les princes à défendre l'indépendance italienne ; après avoir fortifié le pays par terre et par mer, il fit échouer les premières tentatives des Français sur le territoire de Gènes; il expédia même vers la Lombardie une armée commandée par deux des plus célèbres capitaines , Orsini , comte de Pitigliano, et Jean-Jacques Trivulce.

La discorde de ces deux chefs empêcha cette célérité, qui est tout à la guerre. Sur ces entrefaites, le roi Charles, après des préparatifs mieux faits, franchit les Alpes avec trois mille six cents hommes d'armes, six cents archers bretons, pareil nombre d'arbalétriers français, huit mille Gascons d'infanterie légère avec l'arquebuse, et autant de hallebardiers suisses, distribués en gros bataillons carrés de mille hommes chacun. Les barons et les feudataires n'étaient pas tenus de servir le roi hors du pays ; il n'y avait donc que des capitaines d'aventuriers, avec l'écume de toutes les provinces depuis la mer de Picardie jusqu'à celle de Gascogne, gens de sac et de corde, auxquels, pour leurs méfaits, on avait marqué les épaules et coupé les oreilles, qu'ils couvraient avec leurs cheveux et une longue barbe (t) : nouveau genre de guerre, d'armes, de férocité, nouvelle irruption barbare sur cette Italie à la civilisation si brillante, où les Français devinrent la première infanterie de l'Europe ; puis, après avoir admiré les splendides cités, les arts et les lettres des populations qu'ils égorgeaient, ils devaient emporter, avec le butin, l'amour du beau.

C'était la première fois qu'une grande armée civile tentait une expédition importante, avec de l'artillerie mobile, des corps spéciaux, et des soldats qui substituaient à la bravoure personnelle du chevalier l'héroïsme de la discipline et la fidélité au drapeau. L'infériorité de l'organisation militaire des Italiens apparut bientôt : en effet, au lieu de troupes régulières, entretenues par l'État, ils n'avaient que des bandes à gages; l'infanterie était mauvaise, la cavalerie pesante, et les machines se déplaçaient et se manœuvraient si difficilement qu'on échouait pres-

(1) L'armée du petit roy Charles FUI estait espouvanlable à voir. De tous ceux qui se rangeaient sous les enseignes et bandes des capitaines , la plupart estaient gens de sac et de corde, meschaus garnemens escUappés de la justice, et surtout force marqués de fleur de lis sur l'épaule, essorillés, et qui cachoieiit les oreilles, à dire vray, par longs cheveux hérissés et barbes horribles, autant pour celte raison que pour se montrer plus effroyables à leurs ennemis, (BRANTÔME, dise. 89.)

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