‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 129 sur 352 · DESCENTE DE CHARLES VIII · texte numérisé non relu

DESCENTE DE CHARLES VIII

que toujours devant les forteresses, et que la guerre s'éternisait. Tant que des Italiens combattirent des Italiens, les vices du système étaient partagés; mais, à présent, au lieu de bombardes traînées par des bœufs, qui lançaient à longs intervalles des boulets de pierre contre les murailles, ils ont à subir le feu de cent quarante gros canons et de douze cents pièces de montagne , portés à dos ou tirés par des chevaux , et vomissant sans interruption des boulets de fer, auxquels ne peuvent résister les anciennes forteresses. Il ne s'agissait plus de la manœuvre d'escadrons se succédant Pun à l'autre comme dans un tournoi; mais ces troupes (ce dont s'étonnaient et se scandalisaient les Italiens) songeaient à tuer réellement, et non-seulement les hommes, mais encore les chevaux : la bataille de Rapallo, où périrent cent combattants, fut considérée comme une boucherie.

Avec tant de bouches à feu, il devait être aisé de se procurer des vivres dans un pays fertile; néanmoins Comines, qui raconte avec un mélange de malice et de bon sens cette expédition, dont il faisait partie, dit que « l'armée manquoit de tout ; « le roi ne faisoit que saillir du lit, faible de personne, plein de « son vouloir, peu accompagné de gens sages, ne de bons chefs, « et n'avoit nul argent comptant... Ils n'avoient ne tentes ne « pavillons, et si commencèrent en hyver à entrer en Lombar- « die. Ainsi faut conclure que ce voyage fut conduit de Dieu, « tant à l'aller qu'au retourner; car le sens des conducteurs n'y « servit de guères. »

La moindre défense opposée dans les Alpes aurait suffi pour arrêter cette armée ; mais le Piémont avait pour duc un enfant sous une tutelle disputée ; Blanche de Montferrat, tutrice de Charles II de Savoie, et Marie, fille de Scanderbeg, tutrice de Guillaume de Montferrat, firent ouvrir les forteresses. Ce fut ainsi que Charles arriva à Asti, ville française, comme relevant du duc d'Orléans. A Turin, la duchesse vint à sa rencontre à la tête de ses demoiselles d'honneur « si bien parées qu'il n'y avoit que dire », et lui prêta ses joyaux, qu'il mit en gage pour 2,000 ducats. La ville, outre des spectacles dans lesquels on représentait les exploits de Charlemagne, lui offrit un cheval que, par courtoisie, il nomma Savoie, et qu'il monta constamment dans le cours de cette expédition ; il voulut même , à l'exemple d'Alexandre, que son chroniqueur en fit mention répétée.

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