‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 130 sur 352 · ENTRÉE EN TOSCANE · texte numérisé non relu

ENTRÉE EN TOSCANE

A Pavie, Jean-Galéas était malade et prisonnier. Sa femme, Isabelle d'Aragon, indignée de cette servitude, qui lui infligeait même des privations de nourriture, et jalouse de se voir effacée par Béatrix, femme du More, avait fait tout son possible pour inspirer du courage à son pusillanime mari; mais ce prince ne savait pas taire les intrigues qu'elle ourdissait pour le délivrer. Il ne lui restait donc d'autre ressource que d'implorer la pitié de Charles, son cousin (1); mais le More l'avait prévenu en sa faveur, et, par ses soins , « on avait présenté au roi plusieurs dames milanaises très-belles, avec quelques-unes desquelles il prit d'amoureux ébats (Gorio). » La variole, dont il fut malade, lui vint peut-être de ces plaisirs ; puis le More l'accompagna de l'un à l'autre des palais que les riches Milanais avaient sur toute la route, et, dans la campagne, « fit tuer devant lui des sangliers, dont le pays abonde, ce qui amusa beaucoup le roi (Caginola). » Arrivé à Pavie, Charles visita le duc, qui, épuisé de corps et d'esprit, se contenta de lui recommander sa femme et son fils; mais Isabelle se jeta à ses pieds, en lui révélant l'oppression soufferte, et en le suppliant de ne point assaillir son père, qui ne l'avait nullement offensé. Charles fut énni un instant, parce qu'elle était belle, mais il répondit : « L'expédition est à tel point, que ma gloire ne me permet pas de reculer. »

Quelques jours après, Jean-Galéas mourut ([\\x\e fièvre empoisonnée (febbre attossicata), comme dit un chroniqueur, en répétant les accusations du peuple, qui voit le crime là où il voit un intérêt à le commettre. Ludovic, à la prière de tous les Milanais, saisit les rênes de l'État, chevaucha dans la ville, où il fut proclamé duc, et tint enfermés dans le château de Pavie Isar belle avec ses enfants. Indignés d'une telle perfidie, et redoutant ces princes italiens, non moins habiles à verser le poison qu'à manier l'épée, les seigneurs français exhortaient Charles à tourner ses armes contre le More; mais il préféra assaillir les Aragonais, contre lesquels il n'avait point de griefs réels, et descendit dans la Péninsule.

Les bannis de Florence s'unirent au libérateur; d'autres, regardant la France comme l'ancien boulevard du parti guelfe, se plaignaient que Pierre de Médicis les entraînât dans une guerre qui blessait leurs sentiments et leurs intérêts. Mais, lors-

(1) Charles VIII et .lean-Galéas étaient nés de deux filles de Louis II de Savoie.

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