CHARLES A ROME
31 octobre.
prière de bien garder son frère, lui assignant pour cela 40,000 ducats par an. Il importait à Charles de le tenir en son pouvoir, afin de s'en faire un nouveau prétexte de guerre contre la Turquie ; Alexandre, qui ne pouvait lui opposer un refus , le lui livra donc, mais après l'avoir empoisonné, dit-on , parce qu'il mourut quelques jours après.
Rome, préservée du pillage, vit entrer avec une curiosité mêlée d'effroi cette armée, si différente des troupes ordinaires (1).
« Dieu , vous lui annoncerez que le roi de France vient pour nous enlever son Il frère Djem, acquérir Naples, puis passer en Grèce sous le prétexte de rcmet- « tre ce Djem sur le trône. Vous l'exhorterez avec instance, selon la bonne ami- «■ tié qui nous unit, à nous envoyer 40,000 sequins pour l'année courante; « dites-lui de faire sentir le poids de sa colère aux Vénitiens, si jamais ils favo- « risent les Français , et de leur envoyer un ambassadeur, aûn de les amener à « servir la cause du roi de Naples ; qu'il respecte , en attendant , la Hongrie , la « Croatie, Raguse et les autres pays de la chrétienté, et je m'interposerai pour « que les Hongrois ne lui fassent aucun dommage. » On raconte que ce Bozzardo , à son retour, fut arrêté par un frère du cardinal .Julien de la Rovère , et qu'il confirma de vive voix la vérité de ces instructions. Cette déposition est accompagnée de cinq lettres de Bajazet au pape, quatre en turc, une en italien, toutes traduites en latin par des interprèles et par le notaire apj)elé à certifier tous ces faits. Bajazet proposait au pape de délivrer Djem des angoisses terrestres, et de l'envoyer dans l'autre monde, où l'on jouit d'une plus grande tranquillité ; pour cela, il promettait au pape 300,000 ducats et d'autres pour ses enfants. La lettre, datée de Constantinople, est du 18 septembre H94. Ces documents oui été regardés longtemps comme authentiques, et Sismondi les accepte pour tels; mais trop de motifs sont invoqués pour démontrer qu'on les a supposés, du moins il faut croire qu'ils furent grandement altérés dans la traduction.
(1) La description de son entrée à Rome, par Paul Jove, nous offre un tableau des armées d'alors. La cavalerie était séparée des fantassins ; en tète, les Suisses et les Allemands marchaient en cadence au son d'instruments, beaux d'aspect et admirables par le bon ordre, avec un vêtement court et serré, varié de couleurs^ les plus braves ayant un panache , des épées courtes et des lances de dix pieds. Beaucoup, outre les hallebardes, portaient des haches surmontées d'une lame carrée, avec lesquelles ils frappaient de pointe et de taille. Sur mille fantassins, cent avaient des fusils. A la suite venaient cinq mille arbalétriers gascons, puis la cavalerie, choisie parmi la noblesse française, magnifique à voir, avec des pourpoints de soie, des colliers et des bracelets d'or. Les écuyers, employés souvent comme cavalerie légère, avaient une forte lance et une niasse de fer, de grands chevaux ayant les nn-illes et la queue coupées , usage introduit sans doute à cause de l'armure qui les couvrait. Chaque lancier avait un page et deux écuyers. Les archers portaient un casque avec un plastron , un grand arc à l'anglaise , et quelques-uns de longs javelots pour frapper les ennemis à terre ; ils se distinguaient au moyen des armoiries de leur chef. Quatre cents archers à cheval, parmi lesquels cent Écossais, formaient la garde du roi; plus