CHARLES DANS LE ROYAUME DE NAPLES
Charles s'arrêta un mois dans Rome, au milieu de toute son artillerie qui défendait le palais de Venise , où il battit monnaie avec le titre d'empereur; il fonda l'église de la Trinité des Monts, fît noyer, fustiger, couper les oreilles, pendre, « pour attester qu'il avait à Rome, comme à Paris, haute, moyenne et basse justice, » et permit ^ux soldats de voler et de se livrer à la luxure; puis, sur les instances des barons, il défila vers Naples en deux corps, passant par Sienne, « où les Français firent des choses indécentes et vilaines, exigeant ce qu'ils désiraient , que cela fût juste ou injuste (1). »
Il est d'usage d'accuser les Napolitains de manquer de courage pour défendre leur patrie; mais, en vérité, quelle raison avaient-ils de s'exposer pour soutenir un pouvoir qu'ils détestaient, surtout après }es esçactions nécessitées par les circonstances? Outre le perfide massacre des barons, Ferdinand av^it pris ombrage d'un pieux ermite, saint François de Pau le, et lui fit \}xi CTÏme de fonder des couvents sans l'autorisation royale, ou bien d'autœs faits semblables dont s'effarouchent les tyrans faibles; peut-être son indignation venait-elle de ce que le saint, déjà réputé prophète pour avoir deviné la prise de Constantinople et le siège d'Otrante , répétait à hante vqix que de grands malheurs menaçaient le royaume. Pans de pareils conflits, le peuple a continué d'embrasser la cause du faible, même alors qup les avocats et les journalistes défendent le fort. « Or, comme on disait que Charles était un saint homme, juste, de bonne conscience, et, d'un autre côté, parce que le roi de Naples se conduisait mal avec ses sujets, les terres, villes et châteaux s'empressaient de se mettre sous l'obéissance du roi de France; on n'attendait même pas que Sa Majesté fût à vingtcinq ou trente milles pour lui apporter les cjefs. Chaque jour il fallait qu'il donnât audience aux ambassadeurs et aux envoyés des communes ; il n'avait pas besoin d'attaquer les villes et les châteaux avec la lance etrépée,carle peuple en chassait les hommes du roi napolitain... Dans les passages, pour franchir lesquels
près de lui encore se trouvaient deux cents gentilshommes français , avec des masses de fer et de beaux chevaux, brillants d'or et de pourpre. La cliose la plus étonnante, c'étaient les cent quarante gros canons et le grand nombre de petits qui se mouvaient rapidement, traînés par des chevaux, tandis qu'auparavant on se servait de bœufs.
(1) Matarazzo, Chronique de Pérouse. Le morceau suivant est aussi du même auteur.