‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 134 sur 352 · CHARLES DANS LE ROYAUME DE NAPLES · texte numérisé non relu

CHARLES DANS LE ROYAUME DE NAPLES

on croyait qu'il faudrait des mois, il n'y eut aucune résistance ; bien plus^ ils acquéiaient dans un jour autant de terres qu'ils en pouvaient traverser, et, s'ils avaient cheminé mille milles, autant de pays ils auraient gagné. »

Tant de faiblesse à céder ne sauvait point des désastres de la résistance; en effet , dans les places des frontières, les Français exterminaient des populations entières , et assouvissaient leurs instincts brutaux jusque sur les hospices. Cette férocité paralysait le courage des Italiens, comme alors qu'un assassin, le poignard à la main, pénètre au milieu d'une causerie de famille; aussi, « ne montrant ni énergie, ni courage, ni jugement, ni désir de gloire, ni puissance, ni fidélité, ils ne savaient que fuir. »

(GUICCIARDUNI.)

Alphonse II, en recouvrant Otrante, et dans la guerre de Lombardie, avait acquis la réputation d'un grand capitaine, et le trésor amassé par son père se trouvait grossi au moyen d'un impôt extraordinaire ; mais, au milieu de ces revers , rongé de remords, d'autant plus que tout semblait lui crier: France, France , et l'ombre de son père lui signitîer qu'un châtiment inévitable était réservé à ses cruautés, il abdiqua, emportant 1M5 300,000 ducats, pour se réfugier parmi les moines de Mazzara, en Sicile, où il mourut bientôt.

Son fils Ferdinand, qui s'était opposé à la première descente des Français, fut alors salué roi ; n'ayant pas à craindre l'exécration populaire, loué même pour son courage et son humanité, il espérait faire front à l'orage. Il se posta aux gorges de SanGermano; mais, voyant la trahison partout autour de lui, les troupes découragées, le peuple et la noblesse s'insurger en faveur de la France, le capitaine Trivulce passer sous ses drapeaux, les Orsini fuir ou capituler, la plèbe de Naples saccager les écuries et le palais royal, il délia ses soldats du serment de fidélité, et se réfugia dans l'île d'Ischia , en s'écriant avec le Psalmiste : Si le Seigneur ne garde pas la ville, c'est en vain que se fatiguent ses défenseurs.

Charles, plus heureux que César, vint et vainquit avant de voir l'ennemi; comme disait Alexandre YI, avec les éperons de bois et la craie pour marquer les logements, il entra à Naples cinq mois après son départ de France. « Il y fut merveilleusement reçu, au milieu du concours de tous les habitants, femmes, enfants, vieillards, riches et pauvres, grands et petits, comme s'il eût été le père et le fondateur de cette ville. » (Gian-

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