‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 135 sur 352 · LES FRANÇAIS A NAPLES · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS A NAPLES

>'ONE.) Les individus que la maison d'Aragon avait comblés de bienfaits firent entendre le plus d'acclamations; le littérateur Jean Pontano débita au couronnement une barangue dans laquelle;, non content de louer Gbarles, il insultait lâchement les /iragonais^ dont il était la créature.

Le manteau impérial et le globe d'or qu'il portait à son entrée attestaient les vues de Charles sur Constantinople; en effets il se proposait de mettre à la voile à Otrante pour débarquer dans la haute Albanie, où les Esclavons, les Albanais et les Grecs devaient lui tendre la main. L'archevêque de Durazzo avait déjà réuni des armes et des troupes, et cinq mille hommes en Thessalie n'attendaient que le signal ; mais les Vénitiens tenaient le sultan informé des préparatifs de l'ennemi et des trames de ses sujets, qui les expièrent au prix de leur sang. La conduite des Français entiaînait de plus giaves dommages. Jusqu'alors les deux nations ne s'étaient connues que par le mauvais côté; les Italiens voyaient dans les Français un peuple du Nord, étranger à toute civilisation, tel qu'il était venu avec les Normands d'abord, puis avec Charles d'Anjou, enfin avec les Armagnacs, brave sur les champs de bataille , soumis au système féodal , dévoué à ses rois, rapace, débauché.

Les Français, en effet, avaient perdu la droiture instinctive de l'enfance, sans posséder encore la sagesse de l'âge mûr, et ne se distinguaient que par une aveugle avidité de plaisirs et d'instruction. Ils révéraient dans les Italiens la précoce civilisation, la littérature classique et la suprématie reUgieuse, mais trouvaient dans tout matière à raillerie ou à dédain : dans l'urbanité, ils voyaient raffinement d'astuce, duplicité, perfidie, corruption; dans l'érudition, pédanterie, et dans la cour romaine, intrigue et avidité. Les magnificences que Valentine Visconti avait apportées en France de la cour de Jean-Gaiéas avaient paru au vulgaire entachées de magie : de l'Italie, il voyait arriver les astrologues, autre espèce de sorciers; de l'Italie, les usuriers et les gens de finances, qu'il considérait , à cause de leur habileté, comme des sangsues du peuple.

Maintenant les Français combattent dans ce pays enchanté, où les maisons, avec des vestibules remplis de statues, ont à lintérieur des étoffes, des cristaux, des caves et des cuisines copieusement garnies, des tapis de Flandre, plus de salles que de chambres, plus d'espace que de logements, des terrasses aériennes; bien plus, elles joignent au luxe l'économie champêtre

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