LES FRANÇAIS A NAPLES
par ces vignes qui s'enroulent autour des colonnades , par ces abeilles qui déposent leur miel dans ces volutes ioniques, par ces brebis et ces vaches qui paissent sous les portiques. Désireux non-seulement d'assouvir leur cupidité, mais d'exhaler le dépit que les forts couvent contre les peuples intelligents, ils campèrent brutalement au milieu des cités enrichies par le commerce et les arts, et endommagèrent tout. Il fallut , pour leur fournir la solde, enlever des capitaux aux fabriques, aux établissements d'instruction publique, et l'on confisqua, pour cet usage, les revenus du Gymnase romain; l'école et l'imprimerie d'Aide Manuce furent dispersées.
D'autre part, les délices d'Italie enivraient les envahisseurs, et Charles Ylll écrivait de Naples à Pierre de Bourbon, son beaufrère : « Quels beaux jardins j'ai ici ! Sur ma foi , il n'y manque « qu'Adam et Eve pour croire que c'est le paradis terrestre, tant « ils sont beaux et remplis de toutes choses bonnes et rares. En <' outre, j'y ai trouvé les meilleurs peintres, auxquels vous don- « nerez la commission de faire les plus beaux lambris qu'il soit « possible, et ce ne seront pas des lambris de Baux, de Lyon et «d'autres lieux de France, qui n'approchent nullement en « beauté et richesse de ceux de ce pays ; je les amènerai avec « moi pour en faire à Amboise. » Le cardinal Briçonnet écrivait à la reine Anne de Bretagne : « Je voudrais que Votre Majesté « eût vu cette ville et les belles choses qui s'y trouvent : un « vrai paradis terrestre. Le roi, dans sa bonté, a voulu me mon- « trer tout quand je suis arrivé à Florence, au dedans comme (( au dehors, et je vous assure que la beauté de ces lieux , ap- « propriés à toutes sortes de plaisirs mondains, est incroyable... (( Le roi vous en parlera et vous fera naître le désir de venir « voir (1). »
Ces délices portaient à la luxure; la galanterie vive et légère des Français chatouillait la sensualité méridionale, et leurs poésies de ce temps sont pleines d'allusions aux bonnes aventures de ces soldats auprès des femmes de la Lombardie et de la Fouille, à la jalousie des maris, au dépit des dames parisiennes (2).
(1) Ces lettres sont publiées dans les Ardùves de l'art français, d'après des copies qui se multipliaient alors et s'expédiaient aux personnes et aux villes comme des bulletins intéressant tout le monde.
(2) Alione d'Asti, outre diverses poésies, écrivit deux farces : l'une, «De la femme qui croyait avoir une robe de velours du Français logé chez elle; »