‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 138 sur 352 · LES FRANÇAIS EXCITENT LE MÉCONTENTEMENT · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS EXCITENT LE MÉCONTENTEMENT

invasion non disputée n'est pas une conquête, et que la conquête ne se consolide que par la possession.

Ferdinand, réfugié en Sicile, fit demander des secours à Ferdinand le Catholique ; oubliant st s prétentions sur le royaume, ce prince intervint avec empressement, d'abord parce qu'il espérait des avantages, ensuite parce qu'il se rappelait avec inquiétude les anciens droits des Angevins sur la Sicile. Maximilien se plaignait que Charles avait porté atteinte aux droits impériaux en descendant en Italie sans son consentement. Toute la Toscane s'agitait contre Florence, qui restait néanmoins fidèle au roi, grâce à l'influence de Savonarola. Dans le reste de l'Italie, les Français avaient encouru l'aversion générale dès le moment où l'on avait craint qu'ils ne voulussent s^y établir.

Ludovic le More, dont l'ambition était satisfaite, prit bientôt ombrage des droits que le duc d'Orléans, comme descendant de Valentine Visconti , faisait valoir sur le Milanais^ et de la faveur acquise auprès de Charles par les bannis génois et Trivulce, condottiere milanais, son grand ennemi.

Venise, qui d'abord n'avait pas voulu croire à la descente des Français (1), puis se persuadait qu'ils ne persisteraient pas, se fit le centre des mécontents aussitôt qu'elle apprit k urs victoires, et s'occupa d'organiser une ligue pour la conservation réciproque des P^tats et la défense de l'Italie , sans oublier le prétexte habituel de la guerre contre les Turcs; puis elle stipendia tous les chefs de bande de la Péninsule. L'historien Goinines, qui , héritier de la politique de Louis XI, veillait de Venise sur les étourderies du roi de France, l'avertit des menées vénitiennes , mais sans résultat , car Charles était ébloui par ses triomphes. Le pape Alexandre, qui ne tarda guère à se repentir de ce qu'il avait fait en faveur de Charles, lui donna des paroles au lieu de l'investiture du royaume, où la bannière aragonaise se relevait. La France elle-même, bien qu'éblouie par la gloire, qui fut toujours son idole et son malheur, voyait avec déplaisir une expédition qui , pour des intérêts privés, compromettait ses forces au dehors, au dedans son repos.

(1) « La Seigneurie n'a jamuis voulu croire que les Français vinssent en Italie, et le conseil du sénat en était si persuadé qu'il n'ajoutait aucune foi aux avis venus de ce royaume. » (Malipieri, Aunali veneti.) Le même auteur, à l'année 1495, donne le catalogue des « soixante-trois condottieri soudoyés par Venise, avec environ vingt mille hommes, outre les piétons et les soldats entretenus par la république.»

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Charles résolut donc de rentrer en France, en laissant des -^ '"^'• commandants dans ies places, et Gilbert de Montpensier comme vice-roi. Ce démembrement de l'armée rendait la défense dn pays impossible et compromettait sa retraite. Après avoir traver.-é Rome sans oser punir la perfidie d'Alexandre, ni empêcher que ses soldats ravageassent le pays, il entra sur le territoire de Florence^ qu'il trouva en armes. Frère Jérôme, par les soins duquel cette république était restée fidèle à Charles, lui reprocha avec hardiesse la violation des serments qu'il avait prêtés sur les autels, sa négligence à réformer l'Église et les excès de son armée; enfin il le menaça du courroux céleste, puisqu'il avait failli à la mission reçue d'en haut. La mort du dauphin , qui arriva quelques jours après, accrut la réputation de prophète dont jouissait le moine.

Charles, épouvanté, sortit de Florence pour se diriger vers Pise; mais, au lieu d'accélérer sa marche afin de prévenir la réunion de ses ennemis, il s'arrêta dans les différentes cités pour assister aux fêtes et jouir du spectacle des démonstrations publiques. L'intérêt que Sienne et Pise inspirèrent à son armée l'empêcha de revendre à Florence la liberté de ces villes, qui la lui avaient déjà achetée ; mais il sortit de la Toscane sans conciher l'indépendance des unes avec les promesses faites à l'autre. Les campagnards ne manquaient pas d'apporter des vivres, mais les Français craignaient qu'ils ne fussent empoisonnés; si quelques Suisses, toujours ivres, mouraient d'intempérance, on les disait victimes du poison italien (1). Après avoir traversé, au milieu des plus grandes fatigues, les montagnes de Fontremoli avec l'artillerie, les Français espéraient déboucher de ces gorges dans la fertile Lombardie ; mais les nombreux confédérés italiens leur barrèrent le passage à For noue (Fornovo), entre les collines séparées par le Taro, qui, des montagnes du territoire de Gênes, coule dans le Pô.

L'empereur Maximilien avait promis de grandes forces, mais il n'envoya qu'une poignée d'hommes. Ludovic le More s'était engagé à soudoyer des Autrichiens et des Souabes; puis il lésina quand il fallut réaliser ses promesses. Les Vénitiens rassemblèrent une grosse bande de cavalerie épirote et dalmate; divers seigneurs, et surtout Sanseverino, amenèrent des troupes; il semble donc, au milieu des relations contradictoires, que l'armée, sous le commandement de François Gonzague, marquis

(1) CoMiNES, liv. vm, ch. 5.

HIST. DES ITAL. — T. TU. Ifl

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