‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 147 sur 352 · CONDAMNATION DE SAVONAROLA · texte numérisé non relu

CONDAMNATION DE SAVONAROLA

la force; mais il s'y opposa. Frère Benoît de Florence, autrefois le peintre Bettuccio, manifestait la volonté d'aller avec lui en prison. Mais, se tournant de son côté, Savonarola lui dit : « Par obéissance, ne venez pas, parce que frère Dominique et moi nous devons mourir pour l'amour du Christ. » Alors il fut enlevé aux regards de ses fils, qui tous versaient des larmes (Bcrla- MACHi). Dans les rues, le moine est insulté. Un individu lui applique un coup de poing entre les épaules en lui disant : «Devine qui l'a frappé. » Un autre lui donne un coup de pied par derrière, qu'il acccompagne de ces mots : « C'est de là que viennent tes prophéties. » Les amis et les parents des citoyens condamnés naguère se rassasient de vengeance, insultent les piagnoni, égorgent François Valori avec sa femme et d'autres personnes. La contusion se mit alors dans les rangs des amis du moine, et il ne resta plus dans le conseil et les tribunaux que ses adversaires, qui permirent de nouveau le jeu, les divertissements, la débauche.

On ne pouvait condamner un religieux sans l'autorisation du pape, qui, sollicité de l'accorder, demanda que Savonarola lui fût livré; mais la Seigneurie voulut retenir la cause à Florence, sauf adjonction de deux juges ecclésiastiques Le tribunal ne comptait que des ennemis de Jérôme, et pourtant on ne trouvait pas un motif de condamnation, bien qu'un certain Ceccone falsifiât les dépositions, et qu'un des juges dît : «Un moine de plus ou de moins, qu'importe? » Soumis à la torture pour déclarer fausses ses révélations, il protestait, à peine délivré du chevalet, contre les aveux mensongers que la douleur lui avait arrachés : « Jamais je n'ai dit que je me croyais inspiré, mais (( que je m'appuyais sur les saintes Écritures ; loin d'être mû « par la cupidité et l'ambition, je n'avais d'autre désir que d'ar- « river à la convocation d'un concile, afin que l'on réformât les « mœurs à l'exemple des temps apostoliques (1). »

Il avait quarante-cinq ans; pendant le mois qu'il fut enfermé, il écrivit l'exposition du miserere, qu'il avait négligé de commenter avec les autres psaumes, en disant qu'il la réservait pour

(1) A la suite de V Histoire des mtinicipes, par Eaiiliani Judici, se trouve le procès de frère Jérôme, avec l'extrait des interrogatoires qu'il subit, interrogatoires cpi'il dut si},'ner sous les menaces de la torture. Inutile d'ajouter que tous ces aveux, arrachés par la violence et la douleur, n'ont aucune signification pour l'histoire. Quelle confiance, d'ailleurs, pourraient-ils inspirer , alors qu'on sait qu'il fut jugé par ses ennemis ?

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