‹ Histoire des Italiens (volume 5)Chapitre 15 sur 352 · NOBLES. LEURS MOEURS · texte numérisé non relu

NOBLES. LEURS MOEURS

néral, avait détruit les distinctions originaires et les privilèges légaux; au milieu d'un si grand mélange de factions, de conquêtes, d'exils, de tyrannies, beaucoup de familles anciennes périrent ou se fondirent avec celles des bourgeois, d'où sortirent quelques maisons plus riches, qui constituèrent une nouvelle noblesse. Désormais chaque famille se distinguait par un surnom ; mais, si quelque titre ou son intluence commerciale ne l'avait pas rendue célèbre, elle le changeait facilement par caprice, à la suite d'un héritage, ou pour être agréable à un protecteur, à un parrain. La noblesse nouvelle ne pouvait opposer à la tyrannie ces digues que le temps seul parvient à rendre solides; celle que les tyrans créèrent ensuite tirait toute sa valeur de ses diplômes, excitait la jalousie et n'exerçait aucune influence.

Les seigneurs de la Romagne, adonnés particulièrement aux armes et peu riches, habituaient leurs vassaux aux exercices militaires, soit pour se maintenir, soit pour vendre leurs services à d'autres. A Naples, le roi Louis de Tarente institua la compagnie du ISodo ; divers chevaliers, par ambition de la gloire, en formèrent d'autres, et, sous des enseignes distinctes, ils allaient, comme des chevaliers errants, faire montre de leur vaillance dans les pays où l'on se battait, unis entre eux par des liens fraternels j de la devise qu'ils portaient, ils s'appelaient de VÉtoile, de VArgote (pour le navire d'Argo), de la Panthère (1).

Dans l'Italie, cependant, les cités prédominèrent toujours, et dès lors nous ne trouvons pas ces hauts faits chevaleresques dont se composa l'histoire des illustres familles de l'étranger: les seigneurs de la Péninsule tiennent du plébéien, ou du moins de la race soldatesque, ne se piquent nullement de courtoisie chevaleresque, et n'ont pas honte de manquer de foi. Quant à la politique des cours, il est inutile de nous répéter ; mais ces fréquents empoisonnements qu'on leur reproche, vrais ou supposés, nous rappellent les empereurs de Rome et témoignent d'un retour vers la corruption païenne.

Les révolutions continuelles, au moyen desquelles les ambitieux voulaient substituer leur propre domination à la liberté de tous, lésaient une foule d'intérêts: en outre, elles laissaient d'ardents souvenirs d'un État libre, dont on oubliait les inconvénients; beaucoup de prétendants, qui avaient la réussite pour unique sanction ; un grand nombre d'individus qui ne souffraient

(1) De CostanzO, St. di Napoli, lib. IX.

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