LOUIS XII DE FRANGE
luttes féroces des Bourguignons et des Armagnacs, elle éleva son fils à la vengeance. Charles fut le premier qui, avec élégance et facilité , exprima 'en vers français des idées gracieuses et des sentiments vrais, empreints de la mélancolie naturelle à l'homme qui avait vécu si longtemps prisonnier des Anglais.
Charles fut le père de Louis XII et de Jean d'Angoulême , dont les descendants montèrent ensuite sur le trône. Louis prétendait donc au Milanais, usurpé par lesSforza; or, bien que cet État ne se transmît pas régulièrement de père en fils, et que les droits des femmes fussent encore moins reconnus, la politique intérieure et extérieure lui conseillait de s'en emparer. En effet, il trouvait ainsi le moyen d'occuper les forces inquiètes de la nation, d'autant plus que la guerre, dans sa pensée, protégeait mieux les frontières que les forteresses ; puis il empêchait que les petites seigneuries de la Péninsule ne fissent obstacle à Tagrandissement de la puissanôe française. Les passions haineuses des Itahens, aigries par la descente de Charles, le favoriseraient, croyait-il, dans l'espoir de s'assouvir.
Alexandre VI persécutait les Orsini, qui s'étaient déclarés pour la France. La remise aux Florentins par Charles VIII, moyennant une grosse somme d'argent, des forteresses qu'il occupait, excita la jalousie des autres États; aussi les Vénitiens et Ludovic le More soutinrent-ils contre eux Pise, qui se défendit avec un courage opiniâtre. Paul Vitelli, qui l'asségeait avec une valeur impitoyable, tuait les sentinelles qu'il trouvait endormies, enlevait les yeux aux arquebusiers qu'il faisait prisonniers , et les mains aux bombardiers, par exécration des nouvelles armes. Néanmoins, comme il ne réussit pas à la prendre, il encourut les soupçons des Florentins, qui, après l'avoir torturé, le décapitèrent; mais ce supplice leur aliéna tous les condottieri, et cette inimitié, ils la payèrent cher. Les Génois même s'emparèrent de Sarzane , et les Lucquois de Pietrasanta. L'implacable cardinal de la Rovère menaçait Gênes, sa patrie, et le pape, son rival; en jn mot, partout les Italiens combattaient entre eux avec la lenteur de l'ancienne tactique, mais avec la férocité qu'ils avaient apprise des envahisseurs.
Ludovic le More occupait le premier rang parmi les potentats. Son État se trouvait des plus florissants ; Comines disait n'en avoir jamais vu un plus beau et d'un plus grand revenu, puisqu'il pouvait donner 500,000 ducats par an, les sujets restant encore riches et contents, tandis que le duc en tirait 600,000